Sur toute sa longueur, l’ouvrage qui traverse le Sahara occidental forme le plus long champ de mines continu au monde. Environ 7 millions de mines antipersonnel y sont enterrées, et elles restent actives plus de 40 ans après leur pose.
Les Marocains appellent cet ouvrage le Berm ou le « mur des sables ». Ses opposants parlent, eux, du « mur de la honte ». Long de 2 700 kilomètres selon Sciencepost, il constitue le plus long dispositif défensif construit après la Grande Muraille de Chine, qui s’étend sur 2 500 kilomètres.
Il coupe le territoire en deux : à l’ouest, les zones sous contrôle marocain, à l’est, celles tenues par le Front Polisario.
Une frontière née de la guerre
L’Espagne renonce au contrôle du territoire en 1975. Le Maroc et la Mauritanie se partagent alors la zone, sans tenir compte des revendications d’indépendance des populations sahraouies. Celles-ci forment en 1976 un mouvement de libération nationale, le Front Polisario, qui proclame la même année la République arabe sahraouie démocratique.
La guerre qui s’ensuit pousse Rabat à envisager de verrouiller une partie du désert plutôt que de traquer une guérilla sur un territoire grand comme la moitié de la France. Le déclencheur immédiat du chantier est un affrontement survenu dans la région de l’Ouarkziz. Le Maroc lance les travaux en août 1980.
Six chantiers en sept ans
La construction s’étale de 1980 à 1987, en six segments distincts bâtis en six ans. Chaque tronçon repousse un peu plus la ligne de contrôle marocaine vers l’est et le sud. Le sixième mur, construit entre le 14 mai et début septembre 1985, en est le plus long segment : 670 kilomètres, du sud-ouest d’Amgala jusqu’à l’océan Atlantique, au sud de Dakhla.
Le dernier tronçon, qui referme le dispositif en 1987, mesure quant à lui 550 kilomètres et atteint la localité de Guerguerat. La technique de remblai utilisée s’inspirerait d’une méthode marocaine traditionnelle de protection des palmiers contre les inondations, qui consiste à les entourer de reliefs artificiels de sable.
L’ouvrage associe des remblais de sable sur deux ou trois lignes, des champs de mines et des barbelés, pour une hauteur estimée à trois mètres par endroits. Tranchées et bunkers doublent le dispositif. Des bases militaires, des postes d’artillerie et des terrains d’aviation le jalonnent côté marocain, complétés par un système de radars capable de détecter tout mouvement à plusieurs dizaines de kilomètres.
Le mur est gardé en permanence par environ 100 000 soldats marocains, selon une estimation, jusqu’à 120 000 selon d’autres sources.
Le dispositif permet au Maroc de conserver le contrôle sur plus des deux tiers du Sahara occidental, un rapport de force qui perdure depuis le début des années 1990. Un cessez-le-feu négocié sous l’égide de l’ONU entre en vigueur en 1991, mettant fin à quinze ans de guerre ouverte.
Il s’effondre en novembre 2020, ranimant des tensions sporadiques le long de la ligne.
Posées entre 1980 et 1987, les mines n’ont jamais été retirées de façon systématique. Elles continuent de faire des victimes parmi les populations nomades qui traversent la zone est, tenue par le Polisario. Entre 1975 et 2013, au moins 2 500 personnes ont été tuées ou blessées par des mines antipersonnel et des restes explosifs de guerre liés au conflit. Entre 1999 et 2008, 151 victimes ont été recensées, dont 44 morts.
Les opérations de déminage menées par les Nations unies avancent lentement. Suspendues après la rupture du cessez-le-feu de 2020, elles ont repris officiellement à l’est du mur en mai 2023, puis dans la partie sud du territoire en janvier 2024.






