Pourquoi cette découverte d’un écosystème enfoui depuis un million d’années force les scientifiques à réécrire l’histoire des extinctions

Un million d’années d’histoire cachées entre deux couches de cendres volcaniques. Des oiseaux inconnus, un ancêtre du kākāpō aux pattes mystérieuses, des extinctions bien avant l’homme. Un « livre entier » vient de refaire surface.

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Pourquoi cette découverte d'un écosystème enfoui depuis un million d'années force les scientifiques à réécrire l'histoire des extinctions
Pourquoi cette découverte d’un écosystème enfoui depuis un million d’années force les scientifiques à réécrire l’histoire des extinctions © RSE Magazine

Une grotte isolée de l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande a livré des fossiles vieux d’un million d’années, révélant l’existence d’une faune d’oiseaux totalement disparue. Des scientifiques ont extrait de cette cavité les restes de 12 espèces d’oiseaux et de 4 espèces de grenouilles, plusieurs d’entre elles totalement inconnues jusqu’ici. La découverte a été publiée dans la revue Alcheringa: An Australasian Journal of Palaeontology fin janvier 2026.

Les fossiles ont été retrouvés entre deux couches de cendres volcaniques, formant ce que les chercheurs décrivent comme un sandwich géologique. La première couche remonte à 1,55 million d’années, la seconde à environ un million d’années. Ce cadre a permis de dater les restes avec précision et de combler une période restée sans données : les fouilles précédentes documentaient la vie néo-zélandaise entre 20 et 16 millions d’années, laissant un vide entre 15 millions et un million d’années.

Des extinctions bien antérieures à l’arrivée de l’homme

Selon Paul Scofield, coauteur de l’étude et conservateur principal d’histoire naturelle au Canterbury Museum, des bouleversements climatiques rapides et des éruptions de super-volcans auraient très probablement provoqué la disparition massive de ces espèces. Entre 33 % et 50 % de toutes les espèces de l’île du Nord se seraient éteintes durant le million d’années précédant l’arrivée des humains, survenue vers 750 avant notre ère.

Ce constat bouscule une idée répandue depuis des décennies. Trevor Worthy, auteur principal de l’étude et professeur associé à l’université Flinders, en Australie, résume ainsi le renversement de perspective : « Pendant des décennies, l’extinction des oiseaux néo-zélandais a été analysée sous le prisme de l’arrivée humaine. Cette étude prouve que des forces naturelles sculptaient déjà la faune locale il y a plus d’un million d’années ».

Paul Scofield va plus loin sur l’ampleur du gisement : « Ce n’était pas un chapitre manquant. C’était un livre entier ».

Parmi les espèces identifiées figure un nouveau perroquet fossile baptisé Strigops insulaborealis, probable ancêtre du kākāpō, ce perroquet géant actuel incapable de voler. Curieusement, les pattes fossiles de cet ancêtre semblent plus faibles que celles du kākāpō moderne, réputé pour ses talents de grimpeur mais totalement inapte au vol. Des analyses complémentaires devront déterminer si Strigops insulaborealis pouvait encore prendre son envol.

Les chercheurs ont également identifié un ancêtre fossile du takahé, oiseau emblématique de Nouvelle-Zélande toujours vivant mais menacé, ainsi que les restes d’un pigeon éteint, proche parent des pigeons bronzés australiens. Plusieurs autres espèces d’oiseaux et de grenouilles, totalement inédites pour la science, ont également été mises au jour dans la caverne.

L’avifaune ainsi révélée n’a pas survécu jusqu’à nos jours. Elle a été remplacée par celle que les humains ont rencontrée en arrivant sur l’archipel, un million d’années plus tard. Trevor Worthy y voit la trace d’un peuplement forestier bien plus diversifié que celui connu jusqu’ici, disparu avant même l’arrivée du premier être humain sur l’île du Nord.

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