Plus de 4 000 moutons abandonnés sur une île pendant 60 ans : ce que les biologistes y ont découvert a bouleversé leur compréhension de l’écologie

En 1931, des milliers de moutons abandonnés ravagent l’île Campbell. Un siècle plus tard, après la plus grande chasse aux rats jamais menée, la nature a repris ses droits. Le résultat dépasse toutes les espérances.

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Plus de 4 000 moutons abandonnés sur une île pendant 60 ans : ce que les biologistes y ont découvert a bouleversé leur compréhension de l'écologie
Plus de 4 000 moutons abandonnés sur une île pendant 60 ans : ce que les biologistes y ont découvert a bouleversé leur compréhension de l’écologie © RSE Magazine

L'île Campbell, territoire subantarctique néo-zélandais, est citée en 2026 comme l'un des plus grands succès de restauration écologique de la planète. Après l'éradication complète des moutons sauvages et des rats introduits par l'homme, cet archipel isolé a retrouvé une flore et une avifaune qu'on croyait perdues.

Tout avait commencé en 1895, quand le gouvernement néo-zélandais avait loué l'île pour l'élevage ovin, raconte Diario Uno. Les moutons ont rapidement détruit les mégaherbes, une flore native unique à la région, et piétiné les nids d'albatros. L'exploitation a fini par échouer économiquement et a été abandonnée en 1931, laissant plusieurs milliers d'animaux livrés à eux-mêmes. Devenus sauvages, ils se sont multipliés sans contrôle pendant des décennies, aggravant la dégradation de l'île.

Une clôture expérimentale pour convaincre les autorités

Le Service de conservation néo-zélandais a engagé, dans les années 1970, un processus d'éradication qui allait s'étaler sur plusieurs décennies. La première étape a consisté à installer une clôture de haute résistance divisant l'île en deux, pour mesurer la vitesse de régénération de la végétation en l'absence de moutons.

Le résultat a été net : dans le secteur protégé, la flore native a commencé à repousser presque immédiatement. Cette expérience a convaincu les autorités que l'éradication totale restait la seule option viable pour sauver l'île.

Dans les années 1980, des équipes spécialisées ont parcouru systématiquement le territoire, aidées de chiens pisteurs pour débusquer les troupeaux dissimulés dans les vallées. En 1984, environ 3 400 moutons ont été retirés de la moitié nord de l'île. Il faudra attendre 1991 pour que les derniers spécimens de la moitié sud soient chassés, rendant l'île officiellement libre de tout troupeau.

Les rats, un problème resté entier

L'île n'était toutefois pas débarrassée de tous ses nuisibles. Des rats bruns, introduits par des baleiniers, continuaient de dévorer les œufs des oiseaux marins malgré la disparition des moutons.

En 2001, la Nouvelle-Zélande a lancé ce qui restera, à l'époque, la plus grande opération d'éradication de rongeurs jamais menée dans le monde. Des hélicoptères équipés de technologie GPS ont épandu 120 tonnes d'appât empoisonné avec une précision millimétrique sur l'ensemble du territoire. Deux ans plus tard, en 2003, l'île Campbell a été officiellement déclarée libre de nuisibles, moutons comme rats.

En 2026, l'île s'est transformée en un laboratoire vivant entièrement restauré. Plus de deux décennies sans moutons ni rats ont permis aux communautés végétales subantarctiques de se rétablir, et de nombreuses espèces d'oiseaux, dont des populations d'albatros, sont revenues nicher sur l'île. Les mégaherbes, presque rayées de la carte un siècle plus tôt, poussent de nouveau sur les pentes de l'archipel.

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