Pourquoi certaines grandes villes s’enfoncent plus vite qu’elles ne montent : les géologues préviennent que le temps presse pour des millions d’habitants

Jakarta s’enfonce de 42 mm par an dans certains quartiers, Tianjin et Bangkok suivent. Plus de 500 millions de personnes sont concernées : le sol se dérobe sous leurs pieds, littéralement.

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Pourquoi certaines grandes villes s'enfoncent plus vite qu'elles ne montent : les géologues préviennent que le temps presse pour des millions d'habitants
Pourquoi certaines grandes villes s’enfoncent plus vite qu’elles ne montent : les géologues préviennent que le temps presse pour des millions d’habitants © RSE Magazine

De nombreuses villes côtières font face à un double phénomène qui aggrave le risque d’inondation : la montée des eaux liée au changement climatique se conjugue à un affaissement progressif de leurs sols. C’est ce que révèle une étude publiée dans la revue Nature Communications, menée par des chercheurs de l’Université technique de Munich (TUM) et de l’Université de Tulane. Plus d’un demi-milliard de personnes vivent dans des zones côtières de basse altitude directement exposées à ce danger combiné.

Les chiffres donnent la mesure du problème. Les habitants des régions côtières les plus densément peuplées subissent une élévation relative du niveau de la mer d’environ 6 millimètres par an en moyenne, soit trois fois la moyenne mondiale relevée le long des côtes, évaluée à 2,1 mm/an.

Sur ces 6 mm annuels, 3,15 millimètres sont directement imputables à la hausse du niveau des mers liée au réchauffement climatique. Le reste, environ 2,8 millimètres, provient de l’affaissement des sols eux-mêmes. Autrement dit, l’enfoncement de la surface terrestre pèse presque autant que le changement climatique dans la montée des eaux réellement subie par les populations.

Parmi les populations les plus exposées à la submersion, 71 % vivent dans une région qui s’enfonce. 55 % subissent un affaissement d’au moins 1 mm par an, et 43 % d’au moins 2 mm par an.

Jakarta et Tianjin en tête, jusqu’à 42 mm par an dans certains quartiers

Les auteurs de l’étude désignent six pays particulièrement touchés : la Thaïlande, le Bangladesh, le Nigeria, l’Égypte, la Chine et l’Indonésie. Dans certains de ces pays, le taux d’affaissement atteint 10 mm par an. Jakarta arrive en tête du classement des villes les plus exposées, avec un enfoncement moyen de 13,7 mm par an.

Certains quartiers de la capitale indonésienne s’enfoncent même jusqu’à 42 mm par an, un écart qui illustre les fortes disparités au sein d’une même agglomération. Tianjin, en Chine, suit de près avec 13,5 mm/an, devant Bangkok (8,5 mm/an), Lagos (6,7 mm/an) et Alexandrie, qui affiche 4 mm par an.

Les causes de cet affaissement tiennent en grande partie à l’activité humaine : pompage intensif des eaux souterraines, extraction de pétrole et de gaz, tassement des sédiments dans les deltas fluviaux, poids des infrastructures urbaines. Le Dr Julius Oelsmann, auteur principal de l’étude, l’explique dans un entretien accordé à Science Daily : « Les activités humaines accentuent considérablement l’affaissement des sols, souvent en raison d’une extraction excessive d’eau et de ressources qui stabilisaient auparavant le sous-sol ».

Il ajoute que ce phénomène amplifie considérablement les effets de l’élévation du niveau de la mer due au changement climatique.

Le tableau n’est pas uniforme partout : en Suède et en Finlande, le rebond géologique post-glaciaire fait remonter le sol plus vite que la mer ne monte, à rebours de la tendance observée ailleurs.

Face à ce constat, les chercheurs misent sur une meilleure gestion des eaux souterraines. Florian Seitz, directeur de l’Institut allemand de recherche géodésique de la TUM, estime qu’« une réglementation plus stricte des prélèvements ou la recharge ciblée des aquifères peuvent, à tout le moins, ralentir les taux d’affaissement et, dans certains cas, les stopper en grande partie ».

L’étude appelle par ailleurs à intégrer systématiquement les mouvements du sol dans les politiques d’adaptation face à la montée des eaux.

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