Le Baromètre des Flottes 2026 de Beev révèle un paradoxe : 72% des entreprises pilotent leur flotte électrique sans outil dédié, alors que 31% placent la réduction du TCO en tête de leurs motivations. Aucun gestionnaire ne mesure précisément ce coût pourtant stratégique. Une transition engagée, mais désorganisée au niveau managérial.
Les entreprises françaises ont adopté l’électrique, mais la plupart avancent à tâtons. Selon le Baromètre des Flottes 2026 de Beev, publié le 21 septembre, 72% des entreprises gèrent leur flotte sans outils dédiés, malgré leur volonté de réduire des coûts qu’elles ne mesurent pas précisément. La transition est en cours, mais elle manque encore de professionnalisation.
Optimisation des coûts sans mesure précise
La réduction du coût total de détention (TCO) est la principale motivation pour l’électrification des flottes d’entreprise, 31% des gestionnaires la plaçant en tête des priorités, d’après l’étude de Beev. Le TCO englobe les dépenses d’acquisition, d’entretien, de carburant, d’assurance et de revente. Pour les véhicules électriques, la promesse d’un TCO réduit repose sur des coûts d’entretien moindres et une énergie plus abordable.
Malgré cela, cette promesse reste théorique. Aucun des gestionnaires interrogés ne connaît précisément le TCO de chaque véhicule. Beev souligne que le défi n’est plus de convaincre les gestionnaires de passer à l’électrique, mais de leur permettre de maîtriser la performance, les coûts et les usages de leurs flottes.
L’absence de mesure précise du TCO soulève une question cruciale : comment gérer une performance non quantifiée ? Les décisions d’achat et de renouvellement s’appuient sur des estimations rarement vérifiées en conditions réelles, ce qui peut mener à des investissements mal optimisés. Une analyse d’Actu-Environnement du 19 septembre 2026 indique que le manque d’outils de suivi empêche aussi d’identifier les véhicules sous-utilisés.
Absence d’outils formalisés dans la gestion des flottes
Le Baromètre des Flottes révèle que 46% des entreprises gèrent leurs flottes sans aucun outil formalisé et 26% ignorent l’existence d’une solution. Seules 28% disposent d’un logiciel de gestion de flotte ou d’un tableau de bord intégré. Cette carence touche aussi bien les PME que les grands groupes.
Les gestionnaires se débrouillent avec des feuilles Excel et des relevés manuels, sans centralisation des données de recharge, d’entretien et de consommation énergétique. Cela empêche toute vision consolidée et analyse comparative. Le baromètre met en avant un décalage entre les pratiques actuelles et leur structuration.
Sans outils, les risques incluent la perte de contrôle budgétaire, l’impossibilité de démontrer la rentabilité de la transition électrique et l’incapacité à anticiper les renouvellements ou à négocier efficacement avec les fournisseurs. Carenews, dans un article du 20 septembre 2026, souligne que l’absence d’outils complique aussi le reporting RSE, essentiel pour justifier une politique environnementale.
Une transition désorganisée malgré l’électrification totale
L’électrification des flottes est irréversible, avec tous les gestionnaires interrogés disposant de véhicules 100% électriques et une part minimale de 10% du parc. La moitié gère même un parc majoritairement ou intégralement électrique. Toutefois, cette dynamique manque de gouvernance formalisée, les décisions étant souvent prises sans cadre structuré ni indicateurs de suivi.
Le cas de la recharge à domicile illustre ce décalage. Bien que 71% des entreprises aient des bornes sur site et 46% au domicile des collaborateurs, 74% ne structurent pas cet accompagnement. Les remboursements d’électricité et l’installation de bornes restent informels et non intégrés dans un cadre fiscal et social.
Vers une professionnalisation de la gestion des flottes électriques
Pour professionnaliser la gestion, les entreprises doivent adopter des outils adaptés comme les logiciels de Fleet Management (Geotab, Webfleet, Verizon Connect), qui centralisent les données et calculent le TCO. Elles doivent aussi formaliser leurs processus et former les gestionnaires aux spécificités de l’électrique.
Les directeurs financiers doivent reprendre le contrôle du pilotage budgétaire, souvent échappé à leur compétence. Ils jouent un rôle clé dans la définition des indicateurs financiers et la négociation avec les loueurs. Les gestionnaires de flotte doivent, quant à eux, se former sur les aspects techniques et opérationnels.
L’électrification des flottes n’est plus à débattre. Sans outils, mesure et gouvernance, elle restera une opportunité manquée. Les prochains mois seront décisifs pour voir si les entreprises françaises parviennent à structurer cette transition.



