À l’approche de la Journée nationale des aidants du 6 octobre, l’Agirc-Arrco veut transformer un temps de sensibilisation en porte d’entrée vers des solutions concrètes. Le régime de retraite complémentaire mise sur des rencontres de terrain, des partenariats locaux et la prévention de l’épuisement, une démarche qui s’inscrit pleinement dans le versant social et territorial d’une politique RSE.
Marches, forums, ateliers, ciné-débats, conférences ou spectacles : l’Agirc-Arrco organisera près de 80 rendez-vous
Le rendez-vous annuel prend cette fois une dimension très opérationnelle. Du 30 septembre au 16 octobre, près de 80 événements doivent être organisés dans toute la France, annonce l’Agirc-Arrco. Marches, forums, ateliers, ciné-débats, conférences ou spectacles : derrière la diversité des formats, l’objectif reste le même. Il s’agit de repérer les personnes qui aident un proche, de les informer et, surtout, de les orienter vers les interlocuteurs susceptibles de leur apporter un soutien.
L’enjeu est loin d’être marginal. L’Agirc-Arrco retient une estimation de 11 millions de personnes accompagnant régulièrement un proche fragilisé. Surtout, 76% des 8.000 aidants interrogés lors d’une étude menée au premier trimestre 2025 déclaraient n’avoir bénéficié d’aucune solution de soutien. Le paradoxe est donc installé : des dispositifs existent, mais l’accès à ces dispositifs reste encore trop souvent entravé par le manque d’information, la difficulté à se reconnaître comme aidant ou l’absence d’un point d’entrée clairement identifié.
Aidants : l’Agirc-Arrco mise sur l’orientation de proximité
C’est sur ce décalage que l’Agirc-Arrco entend agir. « Notre ambition est simple : un aidant doit savoir où s’adresser et accéder facilement aux solutions dont il a besoin », explique Frédérique Decherf, directrice de l’Action sociale d’Agirc-Arrco. La formulation résume le parti pris : ne pas seulement faire connaître l’aidance, mais raccourcir le chemin qui sépare un besoin d’une réponse. Le service téléphonique d’écoute, de conseil et d’orientation, Ma Boussole Aidants ou les structures locales de répit doivent ainsi devenir plus identifiables.
Cette logique d’aiguillage dépasse d’ailleurs la seule campagne nationale. En Eure-et-Loir, le Conseil départemental vient de déployer Ma Boussole Aidants afin de réunir informations sur les aides financières, solutions de répit, hébergements temporaires, associations et services de proximité, rapporte Radio Intensité. Toujours sur Radio Intensité, Évelyne Lefebvre, vice-présidente du Département chargée de la santé et de l’autonomie, résume le rôle de l’aidant comme celui « qui est au plus près et qui répond aux besoins du quotidien ». La plateforme doit précisément rendre moins fragmenté l’accès aux ressources.
Le mouvement est révélateur d’un enjeu RSE souvent moins visible que les politiques environnementales : l’accessibilité réelle des droits et des services. Aller au-devant des publics, rapprocher les acteurs associatifs, les collectivités et les organismes de protection sociale, prévenir l’isolement et l’épuisement relèvent d’une responsabilité sociale concrète. Ici, la performance ne se mesure pas seulement à l’existence d’un dispositif. Elle dépend de sa capacité à atteindre la personne qui en a besoin, au bon moment et sur son territoire.
Retraite complémentaire : l’Agirc-Arrco au-delà du versement des pensions
L’Agirc-Arrco est d’abord le régime de retraite complémentaire obligatoire des salariés du secteur privé. Piloté par les partenaires sociaux, représentants des salariés et des entreprises, il repose sur un fonctionnement par répartition et sur un principe de solidarité entre générations, rappelle l’organisme. Cette gouvernance paritaire explique aussi la place accordée historiquement à l’action sociale, conçue en complément des politiques conduites par les acteurs publics, associatifs et privés.
Le poids du régime donne une autre dimension à cette intervention. L’Agirc-Arrco se présente comme étant au service de 28 millions de salariés, 14 millions de retraités et 1,8 million d’entreprises. Les allocations de retraite complémentaire versées représentent près de 100 milliards d’euros par an. Autrement dit, la démarche en faveur des aidants s’insère dans une institution qui intervient à très grande échelle dans la protection sociale des salariés et anciens salariés du privé.
Surtout, l’action sociale n’est pas marginale dans son fonctionnement. Près de 2 millions de personnes sont accompagnées chaque année pour un budget global de 330 millions d’euros. Le bien vieillir, l’aide aux proches aidants et la perte d’autonomie figurent parmi les champs couverts.
Des événements pour les aidants, de Suresnes à Nancy
À Suresnes, l’Agirc-Arrco organise le jour de la Journée nationale un atelier intitulé « Un temps pour soi, des mots pour soi ». Coanimé par une psychologue, ce rendez-vous utilise l’écriture et la parole pour permettre aux participants d’exprimer leurs ressentis. À Laon, l’opération « Et moi dans tout ça ? » propose, le même jour, des exercices et échanges autour du bien-être avec une sophrologue. La plateforme de répit partenaire peut en outre organiser, sur demande, l’accompagnement de la personne aidée afin de rendre la présence de l’aidant possible. Ce détail est loin d’être anodin : proposer un événement ne suffit pas si la personne concernée ne peut matériellement s’y rendre.
À Combourg, le régime a choisi le ciné-débat. La projection du documentaire Mon Vieux d’Elie Semoun et Marjory Dejardin est prévue lors de la Journée nationale et doit être suivie d’échanges, selon la fiche Agirc-Arrco consacrée à l’événement. À Nancy, le dispositif prend encore une autre forme avec un Village des aidants réunissant stands d’information, théâtre-débat, café des aidants et table ronde sur l’intérêt de se reconnaître comme tel. Des professionnels doivent également y renseigner les visiteurs sur l’accès aux droits, la prévention santé, l’adaptation du logement ou le maintien du lien social.
À Loireauxence, en Loire-Atlantique, le spectacle « À l’aide ! » met pour sa part en scène le quotidien d’une personne aidée et de son épouse avant un échange avec la troupe, les associations et les professionnels du territoire. Les solutions de répit et d’accompagnement doivent être présentées immédiatement après la représentation. Le choix du spectacle, du cinéma, de la marche ou de l’atelier répond à un même principe : sortir l’information sociale de ses canaux administratifs habituels pour la faire circuler dans des cadres plus accessibles.
Le sujet des aidants n’est donc pas uniquement celui de l’offre sociale. C’est aussi celui de sa visibilité, de sa compréhension et de sa capacité à toucher des personnes parfois déjà saturées par les démarches quotidiennes. La question traverse en outre les générations et le monde du travail. La Drees estimait que 642.000 jeunes de 5 à 24 ans aidaient régulièrement un proche vivant à domicile en 2022. À Champigny-sur-Marne, des journées de répit artistique sont ainsi proposées aux enfants et adolescents aidants, tandis qu’une plateforme départementale associe orientation sociale, soutien psychologique, formation et recherche de solutions de répit.




