États-Unis, pollution, consommation d’eau et bruit : les centres de données de Musk pourrissent la vie des habitants de Memphis

À Southaven, les habitants vivent au rythme des turbines de SpaceXAI : bruit permanent, risque de cancer multiplié par quatre, nappe phréatique asséchée. Une bataille silencieuse oppose déjà les riverains à Elon Musk.

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États-Unis, pollution, consommation d’eau et bruit : les centres de données de Musk pourrissent la vie des habitants de Memphis
États-Unis, pollution, consommation d’eau et bruit : les centres de données de Musk pourrissent la vie des habitants de Memphis © RSE Magazine

« Le bruit est présent 24 heures sur 24, sept jours sur sept […] Si vous restez ici trop longtemps, les vibrations vous donnent la nausée », raconte Krystal Polk dans The Guardian, propriétaire à Southaven, dans le Mississippi, d’une maison familiale depuis quatre générations.

Autour d’elle, 69 turbines fonctionnent sans interruption pour alimenter Colossus II, le centre de données qui entraîne le robot conversationnel Grok, développé par SpaceXAI, l’entreprise d’Elon Musk. Le site se trouve à moins de deux kilomètres du Tennessee.

Jason Haley vit dans la région depuis vingt ans. Il a songé à partir, mais les taux d’intérêt élevés et la hausse de l’immobilier compliquent le calcul. « Et quand bien même, qui achèterait ma maison ? », demande-t-il. Il ne se déplace plus sans son sonomètre.

Le risque de cancer, quatre fois supérieur à la moyenne nationale, à Boxtown

À une dizaine de kilomètres, dans le quartier de Boxtown, fondé par d’anciens esclaves, une centrale thermique alimente un autre centre de données de SpaceXAI, Colossus I. Le risque de cancer y est quatre fois supérieur à la moyenne nationale, selon les chiffres évoqués par les opposants.

Jasmine Bernard, 17 ans, se bat depuis près de deux ans contre les turbines à méthane installées dans le secteur. « Boxtown et South Memphis ont toujours été victimes de négligence environnementale […] C’est lié à l’histoire du quartier, qui abrite depuis des siècles une communauté noire », affirme la jeune militante, originaire d’un quartier voisin.

KeShaun Pearson, 36 ans, cofondateur de l’organisation Memphis Community Against Pollution, dénonce des promesses d’investissement économique tenues « sans consulter les populations locales ». SpaceXAI n’a pas répondu aux sollicitations. L’entreprise affirme que ses turbines sont filtrées et que la qualité de l’air reste supérieure aux normes.

La consommation d’eau alimente aussi la contestation. Selon Sarah Houston, de l’organisation Protect Our Aquifer, Colossus I prélève chaque jour 4,5 millions de litres dans la nappe phréatique qui alimente Memphis et ses environs en eau potable, pour refroidir ses équipements.

SpaceXAI avait promis une usine de recyclage des eaux usées ; le projet a été suspendu. Le centre de données aurait généré 12 millions de dollars de recettes fiscales en 2026. Le maire de Memphis, Paul Young, a de son côté annoncé un projet de redistribution de 3,35 millions de dollars aux communautés touchées. Il n’a pas répondu aux sollicitations.

Une plainte de la NAACP contre les turbines installées sans permis

L’organisation Earthjustice représente la National Association for the Advancement of Colored People dans une plainte contre SpaceXAI, pour non-respect du Clean Air Act. Laura Thoms, membre d’Earthjustice, accuse l’entreprise d’avoir agi sans attendre l’autorisation nécessaire. « L’entreprise n’a pas voulu attendre le permis et a installé ces turbines illégales tout en menant de front la procédure d’autorisation », affirme-t-elle.

En juin 2026, le ministère de la Justice avait demandé le rejet de la plainte de la NAACP, invoquant des enjeux de sécurité nationale. Fin juillet 2026, SpaceXAI s’est finalement engagée à retirer les turbines temporaires et à les remplacer par une centrale permanente conforme aux normes d’ici juillet 2027.

L’expansion des installations se poursuit malgré ces tensions. Un troisième centre de données a déjà été installé près de Colossus II, dans un entrepôt reconverti, et un quatrième est en construction. Les habitants ignorent comment ces nouvelles structures seront alimentées en électricité.

En 2021, la mobilisation des opposants à Boxtown avait déjà permis de faire annuler la construction d’un pipeline dans le quartier. Les militants espèrent reproduire ce résultat face aux centres de données, sans se cacher que la bataille s’annonce longue.

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