Agriculteurs : le Crédit Agricole mise sur la RSE pour soutenir l’emploi rural

Le Crédit Agricole déploie 1,5 milliard d’euros pour accompagner les agriculteurs frappés par la sécheresse et l’inflation des charges. Au-delà du simple financement, cette initiative traduit une stratégie RSE globale : sauvegarder l’emploi rural, favoriser la transmission générationnelle et maintenir la viabilité des territoires. Trois dispositifs de prêts bonifiés ciblent la trésorerie immédiate, l’adaptation climatique et l’installation des jeunes exploitants.

Publié le
Lecture : 3 min
agriculteurs-le-credit-agricole-mise-sur-la-rse-pour-soutenir-lemploi-rural
Agriculteurs : le Crédit Agricole mise sur la RSE pour soutenir l’emploi rural © RSE Magazine

Pour le Crédit Agricole, leader bancaire, soutenir les agriculteurs en difficulté relève d’une responsabilité sociétale plutôt que d’une simple logique de rentabilité financière. Sauvegarder l’emploi rural, assurer la transmission générationnelle et maintenir la viabilité des territoires sont au cœur d’une stratégie RSE qui va au-delà du financement traditionnel. En réponse à une sécheresse intense et à l’inflation des coûts, la banque mobilise 1,5 milliard d’euros pour soutenir un secteur crucial employant des centaines de milliers de personnes.

La crise climatique et ses répercussions sur l’emploi agricole

L’été 2026 restera dans les mémoires des agriculteurs. Des canicules successives ont frappé toutes les régions françaises, même la Bretagne habituellement épargnée. Les rendements de maïs et de tournesol ont chuté, et les éleveurs peinent à nourrir leurs animaux. À cette crise climatique s’ajoute une inflation persistante des coûts, notamment pour les engrais, le pétrole et l’énergie. Les trésoreries des exploitations sont sous pression, et de nombreux agriculteurs doivent acheter du fourrage à des prix élevés, sans garantie de revenus suffisants pour les mois à venir.

Sans intervention, la décapitalisation des fermes, la vente forcée de matériel et la disparition des exploitations familiales menacent. Chaque ferme qui ferme, c’est un tissu social rural qui se fragmente, des emplois qui disparaissent et des territoires qui perdent leur dynamisme. Le Crédit Agricole débloque ainsi 1,5 milliard d’euros, un montant supérieur aux 1,3 milliard d’euros du plan gouvernemental.

Financer le maintien de l’emploi rural grâce à l’approche RSE

Le Crédit Agricole, qui finance 8 agriculteurs sur 10 en France, assume sa responsabilité de stabiliser un secteur en détresse. Olivier Desportes, président du Crédit Agricole en Bretagne, souligne l’importance d’être présent dans les moments difficiles. La banque ne se contente pas de prêter; elle propose une stratégie d’accompagnement globale, enracinée dans les réalités locales. Jean-Rémi Bertheleu, du Crédit Agricole des Côtes-d’Armor, insiste sur la priorité de ne laisser personne de côté.

L’enveloppe de 1,5 milliard d’euros se décline en trois dispositifs. Le prêt « Coups Durs Agri-Viti » propose jusqu’à 50 000 euros par exploitation, remboursables sur 24 à 48 mois, sans garantie. Les taux, entre 2,5 % et 3,5 %, sont deux fois inférieurs aux taux actuels du marché. Ce dispositif vise à stabiliser la trésorerie immédiate pour l’achat de fourrage, d’engrais et de semis. Le prêt « Coup de Pouce Adaptation Climatique Agri-Viti » finance jusqu’à 75 000 euros d’équipements pour réduire l’impact des événements climatiques extrêmes.

Investir dans la jeunesse et l’avenir agricole

La transmission générationnelle est un défi majeur pour le secteur. Attirer de jeunes exploitants, malgré la pénibilité et les incertitudes climatiques et financières, est crucial. Le Crédit Agricole propose un prêt à taux zéro, « Coup de Pouce PTZ Installation Agri-Viti », jusqu’à 50 000 euros, pour les nouveaux installés. Ce dispositif réduit le coût d’entrée dans le métier, facilitant l’accès au foncier et aux premiers investissements.

Les jeunes agriculteurs installés depuis moins de cinq ans bénéficient d’une bonification de 0,5 point sur le prêt « Coups Durs Agri-Viti », empruntant ainsi à des taux réduits. Cette différenciation tarifaire vise à protéger les jeunes installés, souvent plus vulnérables financièrement. Le prêt à taux zéro est prolongé jusqu’à fin 2027, offrant une visibilité à long terme aux candidats à l’installation, contrastant avec les dispositifs d’urgence ponctuels.

Écosystème territorial et partenariats : au-delà du financement

Le Crédit Agricole s’appuie sur son réseau de caisses régionales pour sa stratégie RSE. Ces caisses, bien ancrées localement, comprennent les réalités et les spécificités régionales. En Lorraine, Alsace-Vosges, Champagne-Bourgogne ou dans le Nord-Est, elles soutiennent 221 unités de méthanisation sur 325 en activité ou en construction dans le Grand Est. Ces partenariats avec l’Association des Agriculteurs-Méthaniseurs du Grand Est reflètent une approche intégrée, combinant soutien financier immédiat et accompagnement vers la diversification des revenus et la transition énergétique.

Jean-Rémi Bertheleu exprime l’ambition avec clarté : « Notre priorité est que personne ne reste au bord de la route. » Cette phrase traduit une politique d’inclusion sociale concrète, avec l’absence de garantie sur le prêt « Coups Durs » et un accompagnement personnalisé. Le Crédit Agricole en Bretagne s’engage à ne laisser aucun agriculteur de côté, même si cela implique d’absorber une partie du risque financier.

Gouvernance et culture d’entreprise : former pour réussir la transition

Olivier Desportes affirme que le Crédit Agricole doit insuffler une culture de la transition à ses conseillers bancaires. La RSE ne se décide pas en haut lieu, elle se vit au quotidien dans les agences. Former les conseillers aux enjeux climatiques et aux nouvelles pratiques agricoles est essentiel pour orienter efficacement les clients vers des solutions adaptées. La compréhension des défis de la méthanisation, de l’agroforesterie ou de l’irrigation raisonnée est cruciale pour un accompagnement réussi.

La stratégie RSE du Crédit Agricole face à la crise agricole incarne une responsabilité sociétale moderne : réagir rapidement à l’urgence, investir dans l’avenir, ancrer l’action localement et transformer la culture d’entreprise. Reste à voir si ces 1,5 milliard d’euros suffiront à enrayer les décapitalisations, ou s’ils ne constituent qu’un début face à des aléas climatiques persistants.

Laisser un commentaire