Les robots, amis ou ennemis ?

Dans son ouvrage « La Face cachée de l’Intelligence Artificielle », Boussad Addad nous livre une analyse pointue de l’intelligence artificielle (IA). Titulaire d’un doctorat en la matière, il est spécialiste des questions d’influence des IA sur le monde actuel. Riche de douze années d’expérience en IA, il a accepté de répondre à nos questions sur les robots et les machines autonomes.

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Les robots, amis ou ennemis ?
Les robots, amis ou ennemis ? © RSE Magazine

Le Robot : objet, personne physique ou personne morale ?

Un robot est un objet et doit le rester. Il faut arrêter de fantasmer et croire que la machine aura une âme. Je ne comprends pas ces gens, parfois des avocats très médiatiques, qui voudraient porter les robots au niveau de l’humain au point de vouloir en prendre la défense en cas d’accident par exemple. La machine aussi bourrée d’intelligence soit-elle, devra être traitée comme un outil et rien d’autre. Toutes les décisions qu’elle prendra devront engager la responsabilité de son détenteur. Ceci est aussi valable pour une voiture que pour n’importe quel robot.

Selon vous, lancer des robots sur le marché des particuliers est-il le risque de trop ?

Les robots sont dĂ©jĂ  sur le marchĂ© depuis longtemps, y compris les robots-animaux ou humanoĂŻdes. Les Japonais sont les champions du domaine. On peut adopter le chien Aibo de chez Sony pour 2500 euros ! Ça ne fait pas de mal et ça rompt la solitude, surtout qu’il s’adapte aux habitudes de son maĂ®tre. Le risque pour le moment Ă  mon avis est surtout du cĂ´tĂ© des drones civiles, utilisĂ©s par Daesh en Syrie rappelons-le. C’est d’autant plus inquiĂ©tant que les moyens de leur interception restent très limitĂ©s pour le moment. De plus, si une IA capable de trouver un objectif de manière autonome y est embarquĂ©e, ça ne fera que dĂ©multiplier leur dangerositĂ©.

Si l’on prend l’exemple de l’IA TAY, à l’origine de tweets racistes, les dérives qualifiées d’imprévisibles sur les armes autonomes le sont-elles vraiment ?

 Le chatbot Tay de chez Microsoft est effectivement un exemple de dĂ©rive possible de l’utilisation de l’IA. Cet agent conversationnel a la particularitĂ© d’avoir un apprentissage continu Ă  mesure qu’il Ă©change avec les gens sur Internet. Comme certains malins se sont amusĂ©s Ă  introduire toute sorte de propos extrĂ©mistes dans les conversations, il a fini par les imiter. C’était une dĂ©rive tout Ă  fait prĂ©visible, car on connaĂ®t nombre d’attaques permettant de tromper ou faire dĂ©river les IA actuelles. Pour les armes autonomes, il faut d’abord parler rĂ©gulation ou interdiction avant toute chose.

Votre connaissance du milieu vous permet-elle de douter de l’efficacité des régulations sur les armes autonomes ?

 Je pense que ce sera effectivement difficile d’avoir une entente entre les États sur le sujet des SALA (systèmes d’armes lĂ©taux autonomes). C’est l’histoire de la technologie depuis toujours et personne ne veut ĂŞtre freinĂ© dans son Ă©lan de « progrès ». Plusieurs organisations internationales ont Ă©tĂ© créées pour essayer d’influer sur le cours des choses, mais ce sera sans doute difficile. Je pense qu’il faut le faire quand mĂŞme et ne rien lâcher pour essayer d’aboutir Ă  une sorte de « traitĂ© international de non-prolifĂ©ration des robots tueurs ». La France pousse dans ce sens-lĂ  et je m’en rĂ©jouis. On peut douter de l’issue quand on voit comment les Chinois ou les AmĂ©ricains avancent sur le sujet, mais qui ne tente rien n’a rien. Le sujet fera Ă©ventuellement l’unanimitĂ© le jour oĂą une grosse bavure sera causĂ©e par un robot, mais on peut espĂ©rer qu’une entente internationale arrive bien avant. Il n’est pas interdit d’être intelligent !
 

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