En 2025, la Fondation Pro Cuatrociénegas et le Fonds mexicain pour la conservation de la nature ont réintroduit 47 bisons dans la réserve d’El Santuario, dans le désert de Chihuahua, au nord du Mexique. L’information figure dans un communiqué commun des deux organisations.
L’opération s’est déroulée en deux temps. Trois bisons, offerts par le Musée du désert de Coahuila, sont arrivés dès août 2025. Puis 44 autres, venus de la réserve de biosphère de Janos, dans l’État de Chihuahua, ont rejoint le troupeau à la fin de l’année, portant l’effectif total à 47 têtes sur un territoire protégé de 4 000 hectares.
L’animal avait disparu de la région depuis environ 160 ans, chassé jusqu’à l’extinction locale et repoussé par l’avancée de l’agriculture. Le directeur de la Fondation Pro Cuatrociénegas, Gerardo Ruiz Smith, situe pour sa part cette disparition il y a environ 200 ans. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, il estime que, les bisons ayant été chassés jusqu’à l’extinction dans cette zone il y a environ 200 ans, ce retour constitue un moment historique.
La réserve d’El Santuario se trouve à proximité de Cuatrociénegas, un site reconnu par l’Unesco pour ses dunes de gypse et ses bassins d’un bleu intense, où vivent nombre d’espèces menacées. L’animal, qui peut peser jusqu’à 770 kilos, soit le poids d’une petite voiture, est aussi plus résistant à la sécheresse que le bétail domestique.
Un bison ingénieur d’écosystème
En broutant la végétation sèche, l’animal prive les incendies de combustible. Ses sabots retournent la terre à chaque course, ouvrant des brèches où l’eau s’infiltre et où les plantes repartent. Contrairement au bétail domestique, il façonne les prairies sans les épuiser.
Des graines s’accrochent à son pelage avant de tomber plus loin, ce qui favorise leur dissémination. Ses bouses, elles, attirent les scarabées bousiers, qui les enfouissent et aèrent le sol au passage.
Le bison se déplace librement, contrairement à un troupeau clôturé, et redistribue ainsi la vie sur de vastes surfaces. Chaque déjection nourrit une chaîne d’organismes invisibles, du scarabée jusqu’aux racines. Le bison est présenté comme une espèce à elle seule capable de remodeler un territoire entier.
Dans un entretien à CNN, Ruiz Smith décrit les bisons comme des architectes qui se mettent à façonner et régénérer leur environnement. Sur les réseaux sociaux, il va plus loin, expliquant que le bison est un ingénieur de l’écosystème, capable de régénérer les sols, d’améliorer l’infiltration de l’eau, de réduire le risque d’incendie et de renforcer la biodiversité du désert de Chihuahua.
Des pièges photographiques installés sur le site ont capté le retour d’espèces qui avaient déserté les lieux : pumas, lynx et pécaris à collier, ces cochons sauvages du désert. Des oiseaux locaux garnissent même leurs nids avec les poils tombés du pelage des bisons. Pour les gestionnaires du programme, ces observations prouvent que le milieu retrouve peu à peu son équilibre.
Un programme prévu sur 25 ans
Le programme de restauration, prévu sur une durée de 25 ans, vise à repeupler la vallée et à mieux retenir l’eau de pluie. Les organisateurs entendent élargir le troupeau et céder de nouveaux animaux à d’autres ranchs favorables, chacun choisi pour son herbe et son espace disponible.
Dans un entretien accordé au média mexicain Vanguardia, Ruiz Smith confie que cela offre tant d’espoir. Il y voit avant tout un geste de bon sens, celui de simplement ramener une espèce fondamentale qui était présente auparavant et qui devrait y être.
Quelques mois après la réintroduction, le milieu désertique montre déjà des signes de redémarrage spontané.




