Alerte canicule : le niveau du Danube n’a jamais été aussi bas et ce n’est pas à cause du manque de pluie

23 centimètres. C’est le niveau historique, jamais vu, du Danube à Budapest. Centrale nucléaire à l’arrêt, cargos bloqués, mammouth et boulet de canon exhumés du lit asséché : la sécheresse dévoile bien plus qu’on ne l’imagine.

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Le Danube tombe à 23 centimètres à Budapest, un niveau jamais vu
Alerte canicule : le niveau du Danube n’a jamais été aussi bas et ce n’est pas à cause du manque de pluie © RSE Magazine

L’autorité nationale des eaux hongroise a mesuré, mercredi 29 juillet 2026 au matin, un niveau du Danube de 23 centimètres à Budapest. Le chiffre pulvérise le précédent record de bas niveau, 33 centimètres, enregistré en 2018, alerte Euronews. En milieu de journée, le fleuve était remonté légèrement à 25 centimètres, mais aucune amélioration significative n’est attendue. La deuxième vague de chaleur majeure de l’été atteint la Hongrie au même moment.

Le lit du fleuve mis à nu

À mesure que l’eau recule, le lit du Danube s’expose sur des kilomètres. Gábor Dezső Kürti, président du Club des cyclistes hongrois, a pu rouler à vélo directement sur le fond asséché depuis Budapest jusqu’à Vác.

Des bancs de sable ont surgi dans les méandres du fleuve, rendant la navigation extrêmement difficile. Sur certains tronçons, ni cargos ni bateaux de passagers ne peuvent circuler ; des restrictions de trafic ont aussi été instaurées à Budapest, où les navires de croisière doivent désormais accoster bien plus en amont pour débarquer leurs passagers.

Face à la situation, László Gajdos, ministre responsable de l’Environnement de vie, a déclaré un état d’alerte renforcée dans la lutte contre la sécheresse. Selon lui, dans 66 des 84 districts de gestion de pénurie d’eau du pays, l’indice de sécheresse dépassait le seuil triple fixé par la loi, ce qui signifie que trois quarts du territoire hongrois souffrent de pénuries sévères.

La centrale de Paks menacée d’un arrêt complet

Le manque d’eau touche aussi l’énergie. La centrale nucléaire de Paks, qui fournit près de la moitié de l’électricité hongroise, tourne déjà à moins de 50 % de sa capacité sur ses quatre réacteurs de conception russe, d’une puissance combinée de 2 gigawatts. L’eau du fleuve sert à son refroidissement.

Un arrêt complet de l’installation est attendu mardi 4 ou mercredi 5 août, une première en 44 ans. Le Premier ministre Peter Magyar l’a annoncé sur X, indiquant que pour la première fois en 44 ans, l’intégralité de la centrale nucléaire de Paks serait complètement arrêtée en raison du niveau record bas du Danube, et qu’une situation de crise énergétique pourrait survenir à partir de lundi.

Lors d’un point presse à la raffinerie MOL de Szazhalombatta, il a précisé que les réacteurs ne redémarreraient qu’une fois les niveaux d’eau suffisamment rétablis, ce qui n’était pas attendu dans les prochaines semaines.

La demande de pointe en électricité en soirée devrait grimper de 20 % dans le pays, poussant le gouvernement à demander aux grands industriels de réduire leur consommation. Magyar a assuré que la Hongrie pourrait couvrir ses besoins par des importations, tout en reconnaissant qu’une production nationale plus faible combinée à une demande plus forte pourrait fragiliser le réseau électrique.

La Roumanie décrète l’état d’alerte pour tout le mois d’août

La baisse du Danube frappe également la Roumanie, où le producteur nucléaire Nuclearelectrica a arrêté un de ses réacteurs. Le Premier ministre Ilie Bolojan a annoncé un état d’alerte national pour tout le mois d’août.

Il a ajouté que Roumanie et Hongrie avaient toutes deux réduit de moitié leur production nucléaire, et compte importer davantage d’électricité depuis l’Ukraine, la Grèce et la Bulgarie.

Aucune pluie prévue avant deux semaines

Le programme européen Copernicus a publié le 29 juillet une image satellite du Danube Bend, comparant un cliché du 14 juillet 2025 à celui du 25 juillet 2026 : la différence de niveau d’eau saute aux yeux. Aucune pluie n’est attendue dans les deux semaines suivantes, et la vague de chaleur devrait culminer environ une semaine après son arrivée, avec des maximales proches de 39°C à Budapest.

Un léger répit n’est espéré que vers la fin de la semaine suivante, avec des températures encore comprises entre 31 et 33°C.

Selon une analyse de World Weather Attribution publiée peu avant, les sécheresses européennes de 2026 tiennent davantage à la chaleur extrême qu’au manque de pluie : celle-ci assèche sols et cours d’eau bien plus vite qu’à l’accoutumée. Des conditions aussi évaporatives seraient jusqu’à 80 fois plus probables qu’avant le réchauffement climatique d’origine humaine.

Hannah Cloke, professeure de météorologie et science du climat à l’université de Reading, résume la mécanique en expliquant que la chaleur assèche le sol, vide les rivières et fait grimper la demande en eau, tout cela à la fois, et que c’est la signature d’un climat en train de changer.

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