Pourquoi les Américains enterrent 50 000 matelas par jour alors que 80 % de leur contenu se revend directement aux industriels

Un matelas jeté occupe à jamais l’équivalent d’un petit frigo sous terre, et ce, 50 000 fois par jour aux États-Unis. Pourtant, jusqu’à 90 % de ses composants pourraient être recyclés. Pourquoi si peu le sont-ils vraiment ?

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Pourquoi les Américains enterrent 50 000 matelas par jour alors que 80 % de leur contenu se revend directement aux industriels
Pourquoi les Américains enterrent 50 000 matelas par jour alors que 80 % de leur contenu se revend directement aux industriels © RSE Magazine

Même écrasé par le compacteur d’une décharge, un matelas continue d’occuper environ 23 pieds cubes, soit près de 0,65 m³, à peu près le volume d’un petit réfrigérateur. Ce volume ne diminue plus après ce passage. Il reste là, sous terre, de façon permanente.

Multiplié par les 18 millions de matelas jetés chaque année aux États-Unis, soit environ 50 000 par jour, ce volume incompressible transforme un problème de déchets en problème d’espace foncier. Presque tous ces matelas finissent enterrés entiers, housse, ressorts et mousse encore assemblés, alors que jusqu’à 80 % du poids d’un matelas serait volontiers récupéré par un recycleur, selon les estimations de Dropcurb. Un matelas, à ce titre, est le plus grand objet unique que la plupart des foyers jettent jamais.

Les ressorts qui bloquent les machines

Le problème mécanique est propre aux modèles à ressorts intérieurs, dits innerspring. Contrairement au carton ou au placoplâtre, ces ressorts ne s’écrasent pas : ils s’emmêlent. Le fil d’acier s’enroule autour des arbres et tambours des équipements de compaction, ce qui oblige un opérateur à descendre avec des pinces pour le dégager à la main.

Les mêmes ressorts endommagent aussi les équipements des usines de valorisation énergétique des déchets. Une fois enterrés, les matelas créent par ailleurs des vides et des poches d’air qui provoquent un tassement inégal de la surface pendant des années, un phénomène qui a poussé plusieurs agences d’État à intégrer les matelas dans leurs réglementations de gestion des déchets.

Des émissions surtout préoccupantes chez les bébés

La chaleur et le poids du corps augmentent les émissions de la mousse de polyuréthane. Un jeune enfant dort directement pressé contre cette mousse pendant douze heures d’affilée. Une étude publiée en 2019 dans la revue Environmental Science and Technology a mesuré 18 composés émis par ce type de matelas.

Chez les adultes, presque tous ces composés se situaient sous les seuils de référence utilisés par les régulateurs. Chez les nourrissons et jeunes enfants, quelques-uns ont atteint des niveaux préoccupants. Les listes de 61 composés qui circulent parfois proviennent en réalité d’un livre destiné aux consommateurs, pas d’un laboratoire.

Quant aux retardateurs de flamme pentaBDE et octaBDE, encore souvent cités, leur production a cessé aux États-Unis le 31 décembre 2004 : ils ne concernent que les vieux matelas déjà enterrés.

Deux États ont déjà mis en place des dispositifs qui prouvent la possibilité de recycler ces matelas. Le Massachusetts interdit leur élimination en décharge depuis le 1er novembre 2022, ses directives estimant que plus de 75 % des composants d’un matelas peuvent être réutilisés.

La Californie a choisi une autre voie : une petite taxe prélevée à l’achat finance la collecte, dans le cadre d’un programme lancé en 2016. Fin 2023, il avait permis de démonter plus de 10 millions de matelas et de récupérer plus de 380 millions de livres, soit environ 172 365 tonnes, d’acier, de mousse, de fibres et de bois.

Le Connecticut, le Rhode Island et l’Oregon appliquent des versions similaires. Dans ces quatre États, les taux de recyclage dépassent largement le taux national d’environ 19 %.

Le vrai frein n’est pas la faisabilité technique du recyclage, mais l’accès aux infrastructures. Seuls quatre États ont adopté des lois de responsabilité élargie des producteurs pour les matelas : la Californie, le Connecticut, le Rhode Island et l’Oregon. Selon Dropcurb, ces territoires atteignent des taux de collecte de 45 % à 65 %, contre moins de 5 % ailleurs.

Le rapport 2026 de la Massachusetts Extended Producer Responsibility Commission situe même à moins de 10 % la part des matelas usagés récupérés pour réutilisation ou recyclage à l’échelle nationale, alors que 75 % à 90 % de leurs composants seraient recyclables. Environ 61 centres dédiés existent aux États-Unis et au Canada, ce qui explique une couverture très inégale du territoire.

Dans les faits, le processus est simple : un opérateur découpe la housse, retire la mousse, et les ressorts en acier partent chez un ferrailleur. La mousse broyée devient rembourrage de moquette, le coton et les fibres finissent en filtres industriels ou en isolant, le cadre en bois est transformé en paillis ou en combustible.

Avant d’acheter un nouveau lit, mieux vaut vérifier si le revendeur propose une reprise de l’ancien matelas : de nombreux détaillants l’acheminent ensuite vers un recycleur pour une somme modique. À défaut, le service de gestion des déchets solides du comté indique généralement un point de dépôt ou une date de collecte programmée.

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