L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a durci, le mercredi 22 juillet, ses recommandations sur les doses admissibles de TFA, l’acide trifluoroacétique, un polluant que l’on retrouve désormais presque partout dans l’eau. Cette décision ouvre la voie à des contrôles plus stricts de l’eau potable sur le continent européen.
Concrètement, l’agence a fixé une nouvelle dose journalière admissible à 0,014 milligramme par kilogramme de poids corporel et par jour. Ce seuil correspond à la quantité de substance qu’un consommateur peut ingérer chaque jour, toute sa vie, sans risque notable pour sa santé. Il est environ 3,5 fois plus bas que la précédente limite, fixée en 2017 à 0,05 mg/kg sur la base de données alors jugées limitées.
Le TFA est le plus petit et le plus persistant composé de la famille des PFAS, ces polluants dits « éternels » capables de rester des années, voire des décennies, dans l’environnement. Il se forme lors de la dégradation de certains pesticides ou de gaz utilisés dans l’industrie, et finit par contaminer les sols, les nappes phréatiques et les cultures agricoles.
Une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), publiée en décembre 2025, l’a retrouvé dans 92 % des échantillons d’eau analysés en France.
Pour justifier ce durcissement, l’EFSA s’appuie sur de récentes expérimentations animales, qui ont mis en évidence des effets néfastes du TFA sur le développement, la reproduction et surtout sur les niveaux de thyroxine, une hormone qui régule le métabolisme. L’agence juge en revanche peu probable que le TFA soit génotoxique, c’est-à-dire capable d’endommager l’ADN des cellules.
Faute de données sur sa toxicité à long terme et son potentiel cancérogène, elle a appliqué un facteur d’incertitude supplémentaire dans ses calculs. Elle a aussi défini, pour la première fois, une dose aiguë de référence de 0,07 mg/kg, qui correspond à la quantité maximale ingérable sans risque sur une période de moins de 24 heures.
La France et l’Allemagne appelées à revoir leur seuil
L’Allemagne et la France appliquaient jusqu’ici un seuil de 60 microgrammes par litre d’eau, assorti d’une trajectoire de réduction à plus long terme. Il devrait désormais être abaissé. L’Anses a indiqué avoir été sollicitée par ses ministères de tutelle pour élaborer de nouveaux seuils concernant le TFA dans l’eau potable, à partir de la publication de l’EFSA du 22 juillet.
Le Danemark et les Pays-Bas avaient déjà retenu des seuils plus bas que ceux de la France et de l’Allemagne.
Hans-Peter Arp, professeur en chimie de l’environnement et spécialiste des PFAS, estime que ces nouveaux seuils sont déjà « presque deux fois inférieurs au projet de DJA » que l’EFSA avait soumis à consultation peu avant, selon des propos rapportés par l’AFP.
Il dit qu’il serait surpris si ces limites n’étaient pas révisées à la baisse dans le futur, selon lui, de nouvelles données sur l’immunotoxicité ou la perturbation endocrinienne pouvant pousser l’agence à resserrer encore la vis. Il ajoute que la concentration de TFA dans l’alimentation va augmenter dans les années à venir.
Reste que les zones d’ombre scientifiques demeurent nombreuses : ni la toxicité à long terme ni le potentiel cancérogène du composé n’ont pour l’instant été établis avec certitude par l’agence européenne.


