Une équipe de l’Académie des sciences chinoise a mis au jour le plus vieil ambre jamais recensé, extrait d’un charbon du Xinjiang, dans le nord-ouest du pays. Datée de 385 millions d’années, cette résine fossilisée repousse de 65 millions d’années le précédent record, qui remontait aux grandes forêts houillères du Carbonifère, il y a 320 millions d’années. L’étude, dirigée par Cihang Luo, a été publiée mi-juillet 2026 dans la revue Science Advances.
La trouvaille doit beaucoup au hasard. Les chercheurs ne traquaient pas de l’ambre mais des morceaux de charbon, pour étudier la flore du Dévonien et reconstituer les paysages végétaux de l’époque. Les échantillons provenaient de dépôts sédimentaires noirs de la formation géologique de Hujiersite. C’est en les éclairant aux ultraviolets qu’une multitude de points fluorescents bleus est apparue, signature classique de la résine fossile.
À partir de dix kilogrammes de charbon, l’équipe a fini par isoler 241 fragments d’ambre. Aucun ne dépasse 1,5 millimètre, le plus petit atteignant à peine 0,1 millimètre. Repérer des grains aussi ténus n’avait rien d’évident : à l’œil nu, ils se confondaient avec la roche noire, seules leur transparence et leur fluorescence les trahissant.
Les chercheurs ont ensuite passé la matière à la spectroscopie infrarouge et à la spectrométrie de masse, deux techniques qui permettent de lire la signature chimique d’un échantillon.
Une résine de type conifère avant même les arbres à graines
Le résultat a de quoi surprendre. L’analyse chimique révèle une signature proche de celle des résines terpéniques que sécrètent les pins. Or au Dévonien moyen, il y a 385 millions d’années, aucun arbre à graines n’existait encore. La plante à l’origine de cet ambre était un végétal vasculaire sans graine, l’un de ces organismes qui, à cette période charnière, développaient bois et racines profondes pour s’élever au-dessus du sol. D’après l’ambre retrouvé, la résine s’écoulait déjà le long des troncs, comme chez les arbres actuels.
La découverte bouscule ainsi le calendrier admis pour l’apparition d’une résine chimiquement élaborée dans l’évolution des plantes terrestres. Selon les auteurs de l’étude, « l’apparition précoce de la production de résine pourrait avoir contribué au succès des plantes terrestres du Dévonien et du Carbonifère, en les protégeant notamment contre les agressions et en favorisant la cicatrisation des blessures ».
Reste à savoir de quelles agressions il s’agissait. Alors que la résine englue surtout des insectes ravageurs, ces derniers ne s’attaquaient pas encore vraiment au feuillage au Dévonien. Deux autres menaces paraissent plus plausibles :
- les incendies, qui traversaient ces forêts humides,
- et les champignons parasites, capables de ronger les tissus végétaux.
Cette piste défensive correspond à un monde où les plantes affrontaient surtout le feu et les micro-organismes, bien avant que les insectes ne deviennent un problème.
C’est précisément au Dévonien que les végétaux colonisent durablement les continents et bâtissent les toutes premières forêts, portées par des systèmes racinaires plus profonds. Cette poussée transforme les sols en profondeur et modifie tout le milieu terrestre, alors que les vertébrés restent, eux, cantonnés au milieu aquatique.
Faute d’avoir retrouvé un fragment de l’arbre lui-même, les chercheurs n’ont pas pu nommer l’espèce productrice. Cet ambre s’est formé 150 millions d’années avant les premiers dinosaures, dans des écosystèmes terrestres bien plus simples que les jungles qui suivront.





