Le Crédit Mutuel mise 4,5 M€ sur la science de la biodiversité

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Le Crédit Mutuel mise 4,5 M€ sur la science de la biodiversité © RSE Magazine

Quatre millions et demi d’euros sur trois ans. C’est le montant que la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale vient d’engager auprès du Muséum national d’Histoire naturelle. Un chiffre qui peut sembler modeste à l’échelle d’un groupe bancaire mutualiste pesant plusieurs dizaines de milliards d’euros de fonds propres, mais qui prend une tout autre dimension lorsqu’on le rapporte aux budgets de recherche publique sur la biodiversité. Car le vrai sujet n’est pas tant la générosité d’un mécène que la fragilité croissante des institutions scientifiques françaises, contraintes de chercher des financements privés pour maintenir leurs programmes.

Quand le mécénat devient un palliatif structurel

Le Muséum national d’Histoire naturelle, institution multiséculaire forte de 600 chercheurs et de 12 sites répartis sur le territoire, ne cesse de rappeler l’importance de préserver les moyens nécessaires à sa mission. Autrement dit, les crédits publics ne suffisent plus. Ce constat, pudiquement formulé dans le communiqué, traduit une réalité bien connue des acteurs de la recherche publique : le désengagement progressif de l’État, compensé par une course au mécénat et aux partenariats privés. Le problème, c’est que cette logique transforme la recherche fondamentale en variable d’ajustement budgétaire, soumise aux priorités et aux contraintes de communication des entreprises donatrices.

Certes, la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale affiche des intentions louables : produire et diffuser des connaissances scientifiques de référence, mieux comprendre les interactions entre biodiversité et activités humaines, accompagner les transitions agricoles, renforcer la culture scientifique. Mais cette liste de bonnes intentions soulève une question : pourquoi ces missions, qui relèvent normalement de la puissance publique, dépendent-elles désormais du bon vouloir d’une fondation bancaire ?

Des projets concrets, mais un financement fragmenté

Le mécénat annoncé financera des projets identifiés : une Boîte à Outils Biodiversité destinée aux acteurs territoriaux, des recherches dans les forêts guyanaises, le suivi des tortues marines, le programme Vigie-Nature Pro avec les agriculteurs, ou encore la valorisation de l’Arboretum de Versailles-Chèvreloup. Autant d’initiatives utiles, voire indispensables, pour documenter l’effondrement du vivant et tenter d’y remédier. Mais ces projets, aussi pertinents soient-ils, restent ponctuels, ciblés, et soumis à une logique de visibilité. Le mécène veut des résultats tangibles, des retombées mesurables, une communication valorisante. Ce qui est légitime de son point de vue, mais problématique pour la recherche fondamentale, qui nécessite du temps long, de l’incertitude assumée, et parfois des impasses fécondes.

Le communiqué insiste d’ailleurs sur la mise en place d’un « dispositif de pilotage et d’évaluation » permettant de suivre « l’avancement des projets, leurs retombées scientifiques, leur portée pédagogique ». En clair, la Fondation Crédit Mutuel entend contrôler l’usage de ses fonds, ce qui est normal, mais introduit une logique gestionnaire peu compatible avec la liberté de recherche. Reste que, dans un contexte de pénurie budgétaire, les chercheurs n’ont guère le choix : accepter ces contraintes ou renoncer à leurs programmes.

Un ancrage territorial sous-tendu par une communication corporative

Le partenariat est également présenté comme un engagement territorial. Gilles Bloch, président du Muséum, souligne que l’institution dispose d’un « ancrage territorial majeur » grâce à ses 12 sites et à son offre de diffusion des connaissances. Daniel Baal, président de Crédit Mutuel Alliance Fédérale, abonde dans ce sens en affirmant que la Fondation « démontre son ambition de soutenir, dans la durée, les capacités d’actions de celles et ceux qui produisent, partagent et transmettent les savoirs indispensables ».

Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale, qui a créé sa fondation en 2021 et se présente comme une « entreprise à mission », a déjà engagé plus de 40 millions d’euros en faveur de l’environnement depuis sa création.

La science, otage des arbitrages budgétaires

L’érosion de la biodiversité s’accélère, les scientifiques multiplient les alertes, et pourtant les moyens alloués à la recherche publique stagnent ou reculent. Dans ce contexte, le mécénat privé devient une bouée de sauvetage, mais aussi un piège. Car il introduit une dépendance nouvelle : celle des institutions scientifiques vis-à-vis des priorités des entreprises donatrices.

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