La Nasa observe un phénomène océanique au large de la côte est américaine : les océanographes n’avaient jamais vu ça depuis l’espace

Des tourbillons turquoise visibles depuis l’espace au large des États-Unis intriguent les scientifiques de la Nasa. Diatomées, coccolithophores… que cachent vraiment ces couleurs surprenantes captées par le satellite PACE ?

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La Nasa observe un phénomène océanique au large de la côte est américaine : les océanographes n'avaient jamais vu ça depuis l'espace
Source : NASA | RSE Magazine

Des tourbillons de couleur, verts et bleus, s’étendent depuis début avril dans les eaux côtières du nord-est des États-Unis. Rien d’inquiétant : les satellites de la Nasa ont capté l’éveil printanier du phytoplancton, ce « peuple invisible » qui colore l’océan chaque année à la même saison.

Le phénomène se déploie dans le Mid-Atlantic Bight, cette bande côtière peu profonde qui court du Massachusetts jusqu’à la Caroline du Nord. Les motifs les plus marqués apparaissent là où les eaux de la baie de Raritan, de la baie du Delaware et de la baie de Chesapeake se mélangent à l’Atlantique.

Vus depuis l’orbite, ces panaches ressemblent à de la fumée colorée qui se répand lentement à la surface. Une image prise le 3 mai 2026 par l’instrument MODIS, embarqué sur le satellite Aqua, en donne un aperçu saisissant : au large du New Jersey, du Delaware, du Maryland et de Virginie, l’eau vire au bleu-vert, parfois au brunâtre.

Trois satellites de la Nasa ont documenté le phénomène ces dernières semaines : PACE, Aqua et Terra. Pour Anna Windle, chercheuse au Goddard Space Flight Center et membre de l’équipe scientifique de la mission PACE, l’explication est simple : « il y a probablement des efflorescences de phytoplancton en train de se produire ».

Le PACE lève le doute sur l’origine des couleurs

Repérer une efflorescence de phytoplancton dans ces eaux n’a rien d’évident. La région est réputée « bruyante » chez les spécialistes de la télédétection : les rivières y déversent en continu sédiments, matière organique dissoute et organismes microscopiques, sur un fond mêlant herbiers, bancs de sable et zones rocheuses. Ce brassage complique nettement la lecture des images satellite, bien plus que dans les eaux profondes et sombres du large.

C’est là qu’intervient la mission PACE (« Plankton, Aerosol, Cloud, Ocean Ecosystem »), lancée en 2024. Elle mesure davantage de longueurs d’onde que les précédentes missions d’observation de la couleur des océans, ce qui permet de cartographier la chlorophylle avec une précision inédite. Grâce à cette cartographie réalisée le même jour, une partie au moins des teintes observées a pu être formellement rattachée à des efflorescences de phytoplancton.

Deux familles d’organismes se partagent la scène. Les diatomées, d’abord, connaissent chaque printemps une brusque poussée de croissance, alimentée par le ruissellement des rivières, l’allongement des journées et la remontée d’eaux froides riches en nutriments. Sur les images satellite, leurs efflorescences prennent des teintes verdâtres, alors qu’elles paraissent souvent brunes, voire invisibles, au niveau de la mer.

Les coccolithophores, eux, produisent cet éclat turquoise si particulier. Ces organismes s’entourent de plaques écailleuses de calcite appelées coccolithes, longues de quelques millièmes de millimètre à peine, mais si réfléchissantes qu’elles donnent à l’eau un aspect laiteux et lumineux. Leur rôle dépasse la simple esthétique : les scientifiques leur attribuent jusqu’à la moitié de la précipitation de carbonate de calcium dans les océans.

Au large de la région médio-atlantique, ces efflorescences surviennent d’ordinaire plus tard, à la fin du printemps ou en été, une fois les eaux réchauffées et les nutriments partiellement consommés par les diatomées. Or Windle a repéré leurs signes dès maintenant, mêlés à ceux des diatomées : « Les diatomées dominent typiquement les efflorescences au début du printemps, mais nous observons aussi quelques signes de coccolithophores mêlés à celles-ci. »

Ce mélange précoce illustre ce que le phytoplancton représente pour l’océan : l’équivalent des herbes et de la végétation sur terre, un producteur primaire qui nourrit toute la chaîne du vivant marin et recycle le carbone.

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