Plus de 1 000 pompiers ont été mobilisés pour venir à bout de l’incendie de Vouzela, dans le district de Viseu. Le sinistre a fini par être maîtrisé après avoir dévoré environ 13 500 hectares, l’un des bilans les plus lourds de la saison au Portugal.
Ce foyer illustre l’ampleur d’une crise qui touche l’ensemble du pays. Depuis le début de l’année, 30 155 hectares ont brûlé pour 4 592 départs de feu, selon le système national de gestion des feux ruraux. La surface détruite a presque quadruplé par rapport à la même période l’an dernier.
Face à cette situation, le Premier ministre Luís Montenegro a activé le mécanisme européen de protection civile et sollicité l’appui de l’Espagne et du Maroc. Ces incendies surviennent après une vague de chaleur en juin, qualifiée comme l’une des pires qu’ait connues l’Europe.
L’eucalyptus, un arbre qui brûle comme un carburant
Derrière la violence de ces incendies, un arbre revient sans cesse dans les explications : l’eucalyptus, rapporte Sciencepost. Il est gorgé d’huiles essentielles, ces substances aromatiques que l’on retrouve dans les remèdes contre le rhume, extrêmement volatiles. Une fois la chaleur suffisante atteinte, elles s’enflamment presque instantanément et transforment l’arbre en torche.
Son écorce filandreuse se détache en longs lambeaux. Portés par le vent, ces morceaux enflammés deviennent des brandons volants, capables de franchir des routes, des rivières ou des coupe-feu pour déclencher de nouveaux foyers à des centaines de mètres. Cette mécanique explique en grande partie pourquoi certains incendies deviennent incontrôlables.
Le problème remonte aux années 1950, sous la dictature de Salazar. Le feu paysan, cette pratique ancestrale consistant à brûler les broussailles pour entretenir les terres, est interdit à cette époque. Les vastes champs de blé et de seigle qui structuraient les campagnes portugaises laissent alors progressivement place à d’immenses forêts de pins, puis d’eucalyptus, des essences à croissance rapide censées retenir des sols dégradés et alimenter une filière du bois et du papier jugée plus lucrative que l’agriculture ou le pastoralisme traditionnel.
En quelques décennies, des cultures variées ont cédé la place à des forêts monospécifiques, composées d’une seule et même espèce. Une solution pensée pour la rentabilité s’est révélée être un réservoir de combustible.
Une plantation à croissance rapide comme l’eucalyptus n’a pas grand-chose à voir avec une forêt naturelle, plus ancienne, plus diverse et plus dense en biomasse. Ces monocultures stockent peu de carbone sur le long terme et offrent une résistance dérisoire aux flammes, alors que des écosystèmes variés, mêlant feuillus et sous-bois humides, ralentissent naturellement la progression du feu.
Une part importante des forêts portugaises à risque a déjà brûlé trois fois ou plus au cours des vingt dernières années. Le feu revient inlassablement sur les mêmes territoires, empêchant toute régénération d’un paysage plus équilibré.

