La Guadeloupe, souvent vue comme un joyau des Caraïbes, voit aujourd’hui se croiser le présent et le passé de façon troublante. L’érosion côtière, liée au changement climatique, met à nu des vestiges d’un site d’inhumation d’anciens esclaves à Saint-François, posant la question délicate de la préservation du patrimoine et du travail de mémoire.
La plage des Raisins clairs, un témoin du passé
La plage des Raisins clairs, dans la commune de Saint-François en Guadeloupe, attire les touristes pour son sable blanc et ses eaux à environ 27 °C. Mais derrière ce décor se cache une histoire lourde, exacerbée par l’afflux massif de sargasses. Des ossements humains y ont été retrouvés à plusieurs reprises, notamment depuis les années 1990. En 1992, un crâne avec un anneau de fer a été exhumé, amorçant une série de découvertes plus récentes.
Des fouilles menées en 2013 ont fait apparaître entre 500 et 1 000 tombes datant de l’époque coloniale. Avec les nouvelles trouvailles en janvier dernier, les chercheurs cherchent à connaître l’étendue réelle de ce cimetière, déjà partiellement submergé, et envisagent même que certaines sépultures se trouvent sous des constructions modernes, comme le restaurant des Raisins clairs.
L’érosion côtière, un ennemi qui ne lâche pas
Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) estime que le niveau des mers pourrait augmenter de plus de 1,20 mètre d’ici 2100 dans l’arc caribéen, ce qui accélérerait l’érosion des plages, entraînant la perte de sites archéologiques importants. L’adjointe au maire de Saint-François, Barbara Camier, explique que « nous avons perdu entre 20 et 30 mètres de côtes en dix ans », rapporte Reporterre.
Le réensablement des plages, recours utilisé jusqu’ici pour masquer ou protéger ces découvertes, montre ses limites. En 2015, des barrières et panneaux installés pour protéger le site ont été emportés par la mer, illustrant la difficulté à contenir la progression du trait de côte.
Une réponse collective pour honorer le passé
La collectivité guadeloupéenne a décidé de protéger ces lieux mémoire. Un « comité de restauration des lieux de mémoire de l’esclavage colonial » a été créé par le conseil départemental et s’est réuni pour la première fois le 6 février. Le président du Comité Marche du 23 mai 1998, Emmanuel Gordien, insiste sur l’urgence de la situation.
Un projet d’infrastructures est à l’étude, avec un calendrier qui prévoit un début des travaux après 2028 et une finalisation attendue pour 2030. Les mesures prévues comprennent aussi des aménagements mémoriels : panneaux explicatifs et création d’un jardin commémoratif sur le site.








