Energie : l’électrification des usages reste trop lente en France

Le système électrique français a retrouvé en 2024 une forte capacité d’exportation. Pourtant, la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie progresse peu. Pour atteindre les objectifs de 2030, l’accélération devra surtout venir de l’industrie et des transports.

Publié le
Lecture : 3 min
La Commission de régulation augmente les tarifs d’acheminement d’électricité
Energie : l’électrification des usages reste trop lente en France © RSE Magazine

La France a connu en 2024 une année très favorable sur le front des échanges d’électricité. Son solde net atteint 90 TWh, un niveau record, équivalent à la consommation d’un pays comme la Belgique. Après une période marquée par les tensions sur le parc de production et par la crise énergétique, ce retour à une position fortement exportatrice confirme la place centrale du système électrique français en Europe.

Une balance commerciale positive pour l’électricité

Ce résultat a aussi une traduction économique directe. La balance commerciale de l’électricité atteint 5,1 milliards d’euros en 2024. La France dispose donc d’un outil énergétique stratégique : une production électrique capable de répondre à la demande nationale tout en alimentant ses voisins européens.

Mais l’autre enseignement de l’Observatoire de l’électrification 2024 est plus préoccupant. La consommation finale d’électricité atteint 398 TWh, soit un niveau proche de celui d’il y a vingt ans. Surtout, le taux d’électrification de la France reste limité à 27 %. Ce chiffre signifie que l’électricité ne représente qu’un peu plus d’un quart de l’énergie finale consommée dans le pays. La cible fixée pour 2030 est de 34 %.

La France est donc dans une situation paradoxale. Elle produit une électricité largement décarbonée et redevient fortement exportatrice, mais elle n’utilise pas encore suffisamment cette électricité pour remplacer les énergies fossiles dans les usages du quotidien, de l’industrie et des transports.

Un taux d’électrification qui dépasse la moyenne européenne

Comparée à ses voisins, la France n’est pas mal placée. Son taux d’électrification est supérieur à la moyenne européenne, qui s’établit à 24 %, et dépasse celui de l’Allemagne ou de l’Italie. Mais elle reste loin des pays les plus électrifiés. La Suède atteint 35 % et la Norvège 54 %. La Chine, première consommatrice mondiale d’électricité, affiche elle aussi un taux supérieur à celui de la France, à 30 %. Ces écarts montrent que le potentiel de progression reste important.

Secteur par secteur, les situations sont très différentes. Le bâtiment est le premier consommateur d’électricité en France, avec 277 TWh. Son taux d’électrification atteint 47 %, au-dessus de la moyenne européenne. Cette avance s’explique en partie par la place historique du chauffage électrique et par le développement des pompes à chaleur. Dans le résidentiel, le taux d’électrification atteint 40 %. Dans le tertiaire, il monte à 60 %.

Les professionnels au coeur de l’électrification

L’industrie constitue le deuxième grand bloc de consommation électrique, avec 100 TWh. Son taux d’électrification est de 36 %, mais l’objectif pour 2030 est de 45 %. L’écart est important, d’autant que le taux a reculé ces dernières années dans un contexte de baisse de la consommation industrielle d’électricité. Pour les secteurs électro-intensifs, l’enjeu est double : réduire les émissions liées aux énergies fossiles et préserver la compétitivité.

Les transports sont le secteur où l’électrification reste la plus faible. Leur consommation électrique atteint 13 TWh, pour un taux d’électrification d’environ 2 %. L’essentiel de cette électricité est encore consommé par le ferroviaire. Le transport routier progresse, mais l’électricité n’y représente qu’une part marginale de l’énergie utilisée. Les ventes de véhicules électriques et hybrides rechargeables ont atteint 450 000 unités en 2024, en recul par rapport à 2023. Le parc continue d’augmenter, mais le rythme de diffusion ralentit.

Le développement des infrastructures est toutefois réel. La France compte plus de 150 000 points de charge ouverts au public, dont 21 % dédiés à la charge rapide. Le réseau s’étoffe, mais il ne suffit pas à lui seul à garantir l’accélération de la mobilité électrique. Le prix des véhicules, les aides publiques, la confiance dans la recharge et l’offre disponible restent des facteurs déterminants.

L’agriculture, enfin, reste un secteur peu électrifié, avec 7 TWh de consommation électrique et un taux de 13 %. Les marges de progression existent, notamment dans les bâtiments d’élevage, le chauffage des serres ou le remplacement progressif du gazole non routier utilisé par certains engins agricoles.

Laisser un commentaire