En juin 2025, des chercheurs du Center for Whale Research (CWR) et de l’Université d’Exeter ont annoncé une découverte surprenante : les orques « Résidentes du Sud » fabriquent des outils à partir d’algues pour se toiletter entre elles. Publiée dans la revue Current Biology, cette observation inédite remet en question ce que l’on croyait savoir sur le comportement de ces mammifères marins, souvent considérés comme les plus étudiés au monde. Ce comportement complexe pose de nouvelles questions sur la cognition et les interactions sociales chez les orques.
Quand les orques utilisent des algues comme outils
L’étude, menée sur cette population d’orques décrite comme la « mieux documentée de toutes les baleines sur la planète », révèle une pratique jamais observée auparavant : la fabrication et l’usage d’outils faits d’algues géantes, baptisée allokelping. Le comportement consiste à manipuler les tiges de varech géant (Nereocystis luetkeana), et a pu être filmé grâce à de nouveaux drones capables de saisir des séquences sous-marines très précises, rapporte Science et Vie. Malgré plus de cinquante ans de suivi, c’est la première fois que ce type d’activité est documenté chez des orques.
Pendant l’étude, les chercheurs ont enregistré 30 occurrences de ce comportement sur 8 jours, ce qui montre une fréquence étonnamment élevée pour une activité répétée. Les orques utilisent le stipe pour appuyer contre le flanc d’un congénère, un peu comme un massage. Chaque session de toilettage peut durer jusqu’à quinze minutes, et les individus prennent tour à tour les deux rôles, ce qui met en avant le caractère social et coopératif de la pratique.
Ce que ça dit sur leur vie sociale et leur santé
Ce comportement a été observé chez tous les âges et chez les deux sexes, mais il est plus fréquent entre individus étroitement apparentés. Les chercheurs formulent plusieurs hypothèses sur les bénéfices possibles : de l’hygiène à une meilleure cohésion sociale. Comme certaines algues ont des propriétés bioactives aux effets antibactériens et anti-inflammatoires, l’allokelping pourrait aussi apporter des avantages sanitaires pour les orques.
Michael Weiss, directeur de la recherche au CWR, souligne la portée culturelle de la découverte : « de trouver un morceau d’algue et de l’utiliser n’est pas seulement un acte de survie, c’est un enrichissement culturel ». Rachel John, étudiante en master à l’Université d’Exeter, note que « les vidéos montrent ce comportement en grand détail », ce qui aide à mieux comprendre les dynamiques sociales des orques. Darren Croft, professeur à la même université, rappelle la rareté de l’utilisation d’outils chez les animaux et place ainsi les orques aux côtés des chimpanzés, corbeaux, loutres de mer et dauphins.








