Des archéologues mettent au jour une mégastructure vieille de 6 200 ans, son usage demeure inconnu

Une bâtisse de 350 m², un bol à tête de taureau, des graines psychotropes vieilles de 6 000 ans… En Roumanie, une mégastructure vieille comme le monde intrigue les archéologues, qui n’ont toujours pas percé son mystère.

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Des archéologues mettent au jour une mégastructure vieille de 6 200 ans, son usage demeure inconnu
Des archéologues mettent au jour une mégastructure vieille de 6 200 ans, son usage demeure inconnu © RSE Magazine

Des archéologues ont mis au jour en Roumanie des portions d’une mégastructure ancienne datant d’environ 6 200 ans (vers 4000 avant notre ère). La découverte a eu lieu sur le site de Stăuceni-Holm, dans le comté de Botoșani, au nord-est du pays.

Le bâtiment, doté d’un plancher en chêne, se trouvait à l’entrée d’une colonie comptant une quarantaine de maisons, plus précisément 45. Avec ses 350 m², il tranche nettement avec les habitations ordinaires qui l’entouraient, trois à cinq fois plus petites.

Sa position, à l’entrée de l’établissement, encadrée par des fossés défensifs et un système de palissades, suggère qu’il jouait un rôle communautaire particulier. Les chercheurs pensent qu’il aurait pu comporter à l’origine un étage supérieur aménagé en terrasse ouverte, et que l’intérieur se divisait en plusieurs pièces destinées à l’habitation, à la cuisine, au stockage, et peut-être à des usages rituels.

La structure appartient à la culture Cucuteni-Trypillia, un réseau de communautés agricoles qui s’est étendu sur les territoires actuels de la Roumanie, de la Moldavie et de l’Ukraine entre 4800 et 3000 avant notre ère. Selon une étude publiée dans la revue PLOS ONE, il ne s’agit que de la sixième mégastructure de ce type jamais fouillée pour cette culture. La datation au radiocarbone en fait l’un des exemples les plus anciens répertoriés à ce jour.

Le sol, recouvert d’argile brûlée, contenait une forte concentration de fragments de poterie, parmi lesquels un bol orné d’une tête de taureau sculptée. Les fouilles ont aussi livré une idole conique dont la fonction reste inconnue, un objet courant sur les sites Cucuteni, ainsi que trois louches, dont une décorée de motifs peints, et un vase rainuré peint à l’ocre rouge.

Des outils en silex jonchaient le bâtiment. Parmi les restes de céréales et de fruits, l’équipe a identifié des graines de jusquiame, une plante psychotrope utilisée à des fins médicinales et rituelles depuis plus de 6 000 ans.

Une fonction encore incertaine

Les relevés géomagnétiques préliminaires laissaient supposer la présence de foyers et de fosses de stockage. Les fouilles ont infirmé cette hypothèse. Les auteurs de l’étude écrivent qu’à ce stade, il est irréaliste de considérer la fonction du bâtiment comme un bâtiment de stockage ou un lieu communautaire de consommation de nourriture. Rien n’indique non plus clairement qu’il s’agissait d’un édifice cultuel.

Le site avait été repéré une première fois dans les années 1960, mais il n’a été fouillé qu’à partir de 2023. Seul un quart de la surface a été excavé jusqu’à présent ; les trois quarts restants pourraient encore livrer des indications sur le mode de vie de ces communautés européennes précoces.

La colonie elle-même ne comptait qu’entre 320 et 350 habitants, une population modeste comparée aux méga-sites Cucuteni-Trypillia d’Ukraine, qui abritaient probablement plusieurs milliers de résidents. Qu’une communauté de cette taille ait édifié un lieu de rassemblement aussi disproportionné laisse penser que ces mégastructures constituaient un élément organisationnel courant de cette culture, et non un phénomène réservé aux plus grandes agglomérations.

Les chercheurs avancent plusieurs pistes pour expliquer cette découverte. Ils écrivent dans l’étude publiée dans PLOS ONE que la mégastructure pourrait avoir été une simple plus grande maison pour une famille plus nombreuse, un bâtiment communautaire destiné à la prise de décision, ou encore un lieu de rencontre pour des habitants de haut rang, reflétant une évolution vers une organisation plus hiérarchisée de la communauté.

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