Cette ancre romaine de 2 000 ans dormait sous le sable de la mer du Nord : les archéologues n’en reviennent pas de son état de conservation

Une ancre jugée romaine pendant des années cachait en réalité un tout autre secret. Un simple scanner a suffi à renverser toute l’histoire. La vérité surprend même les archéologues.

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Cette ancre romaine de 2 000 ans dormait sous le sable de la mer du Nord : les archéologues n'en reviennent pas de son état de conservation
Cette ancre romaine de 2 000 ans dormait sous le sable de la mer du Nord : les archéologues n’en reviennent pas de son état de conservation © RSE Magazine

L’ancre en fer retrouvée au large des côtes du Suffolk, longtemps présentée comme un vestige de la Bretagne romaine, n’a finalement rien de deux fois millénaire. Une analyse par tomographie aux rayons X a permis de la dater de la fin du XVIe siècle ou du XVIIe siècle. L’étude a été publiée dans la revue Heritage.

L’objet avait été repéré en 2018 lors de travaux de prospection des fonds marins menés pour le parc éolien offshore East Anglia ONE, développé par ScottishPower Renewables. Maritime Archaeology Ltd l’avait d’abord identifié lors de vérifications portant sur d’éventuelles munitions non explosées datant de la guerre.

Des robots sous-marins avaient ensuite confirmé qu’il ne s’agissait pas d’une bombe, mais d’une ancre enfouie sous des sédiments compactés. Protégée sur place durant toute la construction du parc éolien, elle n’a été remontée qu’en 2021.

Longue de plus de 1,98 mètre pour environ 100 kg, la pièce présentait une couronne pointue, des bras droits et une construction en fer forgé qui évoquaient certaines caractéristiques de l’âge du fer tardif et du monde romain. Les premières estimations la rattachaient à un navire d’environ 500 à 600 tonnes, ce qui en aurait fait un cargo lourd, y compris selon les standards de l’époque impériale.

En 2022, l’archéologue Brandon Mason avait jugé que « tout indique qu’il s’agit d’une ancre romaine », tout en précisant qu’une confirmation restait nécessaire, rapporte Indian Defence Review.

Des barres de fer qui trahissent une fabrication plus récente

C’est cette confirmation qui a finalement fait basculer l’histoire. Des chercheurs ont eu recours à un scanner CT à rayons X, une technologie d’imagerie capable d’examiner du métal dense sans avoir à le découper. L’étude, à laquelle Brandon Mason a participé, s’est concentrée sur la structure interne cachée dans l’axe central de l’ancre.

Les scans ont révélé un axe composé de barres de fer relativement uniformes. Or ce type d’assemblage ne correspond pas au travail du fer typiquement romain, où de petites masses de métal, appelées blooms, étaient beaucoup plus difficiles à transformer en grandes barres régulières.

Cette découverte oriente la datation vers la fin du XVIe ou le XVIIe siècle, une période où la production européenne de fer s’était suffisamment améliorée pour permettre de travailler avec des pièces plus grandes et plus standardisées.

Une datation plus récente ne retire rien à l’intérêt de la pièce. Elle déplace simplement le récit du commerce romain vers le développement de la technologie navale à une époque d’expansion du transport maritime. Selon l’étude, l’ancre pourrait même représenter une étape inhabituelle dans la fabrication de ce type d’équipement, à mi-chemin entre les méthodes anciennes d’assemblage progressif des pièces et les méthodes ultérieures, plus efficaces, de forge de faisceaux de barres.

La conservation de l’objet reste délicate : après des siècles passés dans l’eau salée, le fer risque de s’endommager s’il sèche trop vite. Des spécialistes stabilisent l’ancre et étudient sa surface en vue d’une présentation au public. Le réaménagement du musée d’Ipswich, où elle pourrait être exposée, avait atteint ses dernières étapes en mai 2026.

La mer du Nord méridionale a toujours été une zone de passage, pour le commerce comme pour les flottes militaires, bien avant l’arrivée des éoliennes. Les mêmes travaux de prospection ont d’ailleurs mis au jour, dans le même secteur, l’épave d’un sous-marin allemand disparu pendant la Première Guerre mondiale.

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