Des archéologues découvrent une structure en bois vieille de 476 000 ans : elle a été construite bien avant l’apparition d’Homo sapiens

Deux bouts de bois, une encoche, et voilà 476 000 ans d’histoire humaine réécrits. Qui a bâti cette structure avant même l’apparition d’Homo sapiens ? Le mystère reste entier, et il pourrait bien changer tout ce qu’on croyait savoir.

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Des archéologues découvrent une structure en bois vieille de 476 000 ans : elle a été construite bien avant l'apparition d'Homo sapiens
Des archéologues découvrent une structure en bois vieille de 476 000 ans : elle a été construite bien avant l’apparition d’Homo sapiens © RSE Magazine

Deux rondins de bois entrelacés, façonnés intentionnellement par des outils, ont été mis au jour à Kalambo Falls, dans le nord de la Zambie. Cette structure, présentée comme la plus ancienne en bois construite par des mains humaines jamais retrouvée, est âgée d’au moins 476 000 ans. La découverte a été dirigée par Larry Barham, archéologue à l’université de Liverpool.

Une encoche taillée il y a 476 000 ans

Les deux pièces sont « joints transversalement par une encoche intentionnellement taillée », décrit l’équipe dans l’étude. Geoff Duller, professeur de géographie à l’université d’Aberystwyth et membre du projet, précise qu’un morceau est posé sur l’autre et que les deux pièces de bois ont des encoches taillées dedans. Il ajoute que ces marques ont clairement été taillées par des outils en pierre.

Le plus petit des deux troncs a une taille suggérant que son assembleur construisait quelque chose de substantiel, sans qu’il s’agisse probablement d’une hutte ou d’une habitation permanente. Le site se situe sur les rives de la rivière Kalambo, dans une zone forestière connue depuis les fouilles menées par l’archéologue britannique John Desmond Clark dans les années 1950 et 1960 pour sa capacité à préserver des artefacts préhistoriques.

Le bois n’avait jamais été exposé à l’oxygène, enfoui pendant des millénaires dans des sédiments gorgés d’eau, et les minéraux de silice présents dans l’eau lui ont donné la résistance nécessaire pour traverser les âges.

Une datation obtenue sans carbone

Les rondins étaient trop anciens pour une datation au radiocarbone. Les chercheurs ont eu recours à la datation par luminescence, une méthode qui mesure la radioactivité accumulée par les minéraux des sédiments environnants pour déterminer leur dernière exposition à la lumière du soleil. Cette technique a permis d’établir un âge minimal de 476 000 ans.

Selon Veerle Rots, professeure de préhistoire à l’université de Liège et co-autrice de l’étude, le site se trouve sur les rives de la rivière, qui inonde régulièrement et dépose des sédiments, et c’est grâce à cette humidité permanente que le bois a été préservé.

Les fouilles antérieures de Clark avaient déjà livré des vestiges intéressants sur ce site, rappelle Rots, mais on ne savait pas les dater, le cadre chronologique restant vague. L’étude, publiée le 20 septembre 2023 dans la revue Nature, souligne que cette construction n’a « aucun parallèle connu dans le Paléolithique africain ou eurasien ».

Un mystère sur l’identité des bâtisseurs

Aucun ossement n’a été retrouvé sur le site, et l’espèce à l’origine de cette construction reste inconnue. Le bois est bien plus ancien que les premiers fossiles connus d’Homo sapiens, âgés d’environ 300 000 ans et retrouvés au Maroc. Ailleurs en Zambie, un crâne d’Homo heidelbergensis a été découvert, tandis qu’à Florisbad, en Afrique du Sud, des objets en bois modifiés ont été associés aux restes d’une espèce plus tardive, Homo helmei.

Duller avance qu’on ne sait pas, qu’il pourrait s’agir d’Homo sapiens et qu’ils n’ont simplement pas encore découvert de fossiles de cet âge, mais que cela pourrait être une espèce différente, peut-être Homo erectus ou Homo naledi, car il y avait plusieurs espèces d’hominidés en Afrique australe à cette époque.

Un autre fragment de bois travaillé, une planche polie retrouvée sur le site acheuléen de Gesher Benot Ya’aqov, en Israël, dépasse même les 780 000 ans. Mais il s’agit d’un objet isolé, quand Kalambo Falls livre la première preuve connue d’un assemblage de bois pour construire quelque chose.

Avant cette trouvaille, les traces les plus anciennes d’usage du bois se limitaient à des bâtons à fouir ou à une lance vieille de 400 000 ans, exhumée en 1911 dans des sables préhistoriques à Clacton-on-Sea, en Angleterre.

Pour Barham, ce constat a changé sa façon de penser à propos de nos ancêtres. Il estime qu’ils ont fabriqué quelque chose de nouveau et de grand, à partir de bois, en utilisant leur intelligence, leur imagination et leurs compétences pour créer quelque chose qu’ils n’avaient jamais vu auparavant.

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