Quatorze millions de documents numérisés issus du centre d’archives sur la persécution nazie de Bad Arolsen, en Allemagne, sont devenus consultables sur Internet, soit près de la moitié du total alors détenu par l’institution. Jusque-là, historiens et descendants de victimes devaient adresser leur demande directement aux équipes de recherche installées sur place. Une part importante de ces documents concerne l’histoire de la Tchéquie et de l’ancienne Tchécoslovaquie.
L’institution, longtemps connue sous le nom de Service international de Recherche, s’appelle depuis 2019 les Arolsen Archives. Sa directrice, Floriane Azoulay, distingue trois types de documents : les archives historiques mises en sécurité par les Alliés lors de la libération des camps, les dossiers de survivants pris en charge après-guerre, et la correspondance entretenue avec les personnes qui font des demandes. Elle précise , sur Czech Radio, qu’ils reçoivent encore environ 20 000 demandes par an.
Les collections en ligne ont depuis largement grossi. En mai 2019, le centre avait mis à disposition environ 13 millions de documents. Elles dépassent les 40 millions, un chiffre en croissance continue, dont plus de 30 millions concernent près de 17,5 millions de personnes persécutées, déportés, travailleurs forcés, prisonniers politiques ou personnes déplacées. L’accès reste gratuit, ouvert 24 heures sur 24 à tous, particuliers comme chercheurs.
Des figures tchécoslovaques retrouvées dans les fichiers
Impossible de chiffrer précisément la part réservée à l’ancienne Tchécoslovaquie. Floriane Azoulay explique qu’ils ont beaucoup de documents qui concernent l’ancienne Tchécoslovaquie, mais qu’elle ne peut dire combien exactement parce que la plupart des documents peuvent être trouvés par le biais du nom ou du lieu de naissance d’une personne, pas par son pays d’origine, citant le fichier des détenus de Theresienstadt.
Parmi les cartes de déportation retrouvées figurent celles de Karel Poláček, Pavel Haas, Josef Čapek et Karel Ančerl, des noms qui ne sont que quelques exemples parmi une liste bien plus longue de destins brisés dans la culture, la science ou la politique tchécoslovaques d’alors.
Un formulaire rempli par le journaliste Ferdinand Peroutka à sa libération de Buchenwald en 1945 figure également dans les fonds, tout comme une lettre de septembre 1945 retraçant le parcours en Asie de František Kriegel, futur seul ministre communiste à ne pas céder aux pressions soviétiques de 1968.
Les documents de Theresienstadt, en partie déjà en ligne grâce à l’Institut de l’Initiative de Terezín, permettent aussi de retrouver la trace de Robert Desnos, poète français mort dans ce camp, et de Marceline Loridan-Ivens, internée à Auschwitz aux côtés de Simone Veil avant de passer par Theresienstadt. Sa carte tchèque d’après-guerre la mentionne sous le nom de Marcelle Rosenberg, domiciliée avant sa déportation au château de Gourdon, près de Bollène, dans le Vaucluse.
Des objets que la numérisation ne peut pas restituer
Une partie des fonds ne se numérise pas. Portefeuilles, alliances, montres, étuis à cigarettes ou porte-plumes ayant appartenu à d’anciens détenus, confisqués à leur arrivée dans les camps puis inventoriés par l’administration nazie, restent conservés physiquement. La majorité provient de Neuengamme et de Dachau. Sur des milliers d’objets répertoriés, environ 2 700 propriétaires sont identifiés, mais leurs descendants demeurent souvent introuvables.
L’opération #StolenMemory a permis quelques retrouvailles. En 2019, une journaliste norvégienne tombait par hasard, en visitant le centre, sur des objets ayant appartenu à des résistants norvégiens libérés lors de l’opération des « bus blancs » menée par la Croix-Rouge suédoise.
Elle a depuis retrouvé presque toutes les familles concernées, dont celle de Michel Loncar, en France, qui a récupéré la montre et le stylo plume de son père Michajlo, déporté depuis la France vers un camp de travail rattaché à Neuengamme. Le service de recherches parvient ainsi à réunir des familles dans une trentaine de cas par an.






