Le fond de l’océan s’est affaissé de 4,2 mètres : une équipe du CNRS a vu naître pour la première fois un plancher océanique

Un fond marin qui s’affaisse de 4,2 mètres en six jours, dont 83% en seize heures seulement : des chercheurs français ont capté en direct la naissance spectaculaire d’un océan.

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Le fond de l'océan s'est affaissé de 4,2 mètres : une équipe du CNRS a vu naître pour la première fois un plancher océanique
Le fond de l’océan s’est affaissé de 4,2 mètres : une équipe du CNRS a vu naître pour la première fois un plancher océanique © RSE Magazine

Une équipe de chercheurs a observé en temps réel, pour la première fois au monde, la naissance d’un nouveau plancher océanique. L’étude, menée par une équipe française dirigée par Jean-Yves Royer, rattaché au CNRS, à l’Université de Brest et à l’Ifremer, vient d’être publiée dans la revue Nature.

L’observation s’est déroulée sur un segment de la dorsale sud-est indienne, cette longue chaîne de montagnes sous-marines qui court entre l’Australie et l’Antarctique et sépare les deux plaques tectoniques du même nom. Là où elles s’écartent progressivement, le magma remonte et forme un nouveau plancher océanique.

En février 2024, l’équipe a déployé sur le fond marin cinq microphones et un capteur de pression, complétés par des mesures de distance. Deux mois plus tard à peine, le 26 avril 2024, ces instruments ont enregistré le début d’un épisode majeur : une série de séismes s’est propagée le long de l’axe de la dorsale, liée à la progression de grandes fissures verticales, les dykes, dans lesquelles s’infiltrait du magma.

Le magma a fini par atteindre le fond de l’océan et alimenter une éruption sous-marine qui a duré environ 16 jours. En comparant les cartes du relief avant et après l’événement, les chercheurs ont identifié de nouvelles coulées de lave d’un volume compris entre 148 et 160 millions de mètres cubes.

Le fond marin s’est affaissé de 4,2 mètres en six jours

En se vidant, le réservoir magmatique situé sous la dorsale a provoqué un affaissement du plancher océanique de 4,2 mètres en six jours, dont 83 % au cours des seize premières heures seulement. Durant la phase la plus rapide, l’affaissement vertical a atteint en moyenne cinq centimètres par minute, avant de ralentir à environ 1,2 centimètre par jour.

Les modèles des chercheurs indiquent par ailleurs que le fond marin s’est étiré horizontalement de 2,1 à 4 mètres, tandis que le magma remonté se refroidissait et se solidifiait pour former une nouvelle croûte.

Selon les calculs de l’équipe, l’événement aurait libéré, en près de deux semaines, l’équivalent d’environ 39 ans de divergence tectonique habituelle. Autre enseignement : 76 % du glissement tectonique s’est produit de manière asismique, sans séisme détectable, contre seulement 24 % accompagné de secousses. Cette proportion pourrait expliquer pourquoi les dorsales océaniques libèrent relativement peu d’énergie sismique malgré l’ampleur des mouvements qui s’y produisent.

Un tel événement resterait rare pour un même segment de dorsale, selon les auteurs, qui l’estiment à une occurrence tous les plusieurs décennies. Les dorsales se situent en effet à plusieurs kilomètres de profondeur, dans des zones rarement accessibles aux navires de recherche, ce qui explique qu’un épisode d’accrétion ponctuel n’avait jamais été documenté en direct auparavant.

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