À Sydney, une épave rouillée a disparu sous une forêt de mangroves

Un cargo abandonné depuis 1972, jamais détruit, jamais réparé. Cinquante ans plus tard, une forêt entière a pris racine dans sa coque rouillée. Le résultat à Sydney laisse sans voix.

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À Sydney, une épave rouillée a disparu sous une forêt de mangroves
Source : Jason Baker - Wikipedia | RSE Magazine

Une mangrove entière a pris racine dans la coque éventrée du SS Ayrfield, à tel point que le navire ressemble depuis à un bosquet posé sur l’eau plutôt qu’à une épave. Le phénomène se déroule à Homebush Bay, sur la rivière Parramatta, à l’ouest de Sydney, où ce cargo à coque d’acier de 79 mètres est resté immobile depuis plus de cinquante ans, raconte le Sciencepost.

Le SS Ayrfield n’a plus navigué depuis 1972. Il n’a jamais été détruit non plus. Racheté par la Miller Steamship Company en 1951, il a servi de charbonnier entre Newcastle et le terminal de Blackwattle Bay pendant vingt et un ans, avant d’être envoyé à Homebush Bay, alors reconverti en chantier de démantèlement naval.

Le plan initial prévoyait de découper la coque pour en récupérer l’acier. Mais le cours du métal de récupération s’est effondré, entraînant la fermeture des chantiers. Le navire, comme trois autres épaves du secteur, a fini par être abandonné dans la baie, ni détruit ni entretenu, rouillant et partiellement immergé.

C’est cet abandon qui a tout permis. Les forêts de mangroves qui bordent Homebush Bay sont composées principalement d’Avicennia marina, le palétuvier gris, une espèce qui produit d’abondantes graines dispersées par les oiseaux. Ces graines sont tombées sur l’épave et y ont germé au fil des décennies.

Le pont rouillé, l’humidité ambiante et le sédiment accumulé dans la carcasse ont fini par former un terreau improvisé, adapté à des racines habituées à la vase salée. Les branches débordent désormais des flancs du navire et rongent lentement ce qu’il reste de la coque.

L’endroit n’a rien d’un décor figé. Des bancs de poissons se réfugient à l’ombre de l’épave, des crustacés s’accrochent aux parties immergées et les oiseaux vont et viennent dans les branches. Homebush Bay avait pourtant été lourdement contaminée par les industries passées, servant de dépotoir pour des déchets chimiques, avec des eaux chargées de dioxines et de métaux lourds. La mangrove s’est développée malgré tout.

Source : Jason Baker – Wikipedia

Une épave protégée, mais interdite d’accès

En 1976, l’épave est officiellement devenue partie de la zone de conservation des épaves de Homebush Bay, un statut désormais protégé au titre du patrimoine historique. Trois autres coques rouillées partagent le même sort dans la baie, mais aucune n’a connu une colonisation végétale aussi spectaculaire que celle du SS Ayrfield.

L’accès à l’épave elle-même reste interdit. Les visiteurs doivent se contenter des points de vue sécurisés, en particulier les passerelles de Wentworth Point et de Rhodes, construites face à la baie à mesure que le quartier se transformait en zone résidentielle après les Jeux olympiques de 2000.

Les photographes affluent surtout depuis les promenades aménagées autour de Bicentennial Park, seul moyen légal d’observer l’épave. Le coucher de soleil reste le moment privilégié : l’astre se couche alors derrière le navire et découpe en ombre chinoise la coque rouillée et les branches de mangrove sur un ciel orangé et violet.

Le SS Ayrfield a été lancé sous le nom de Corrimal, construit en Écosse et enregistré à Sydney en 1912. Il a transporté du charbon entre les ports australiens pendant des décennies avant de servir au ravitaillement des troupes américaines stationnées dans le Pacifique durant la Seconde Guerre mondiale. En 1950, il passe à la société Bitumen and Oil Refineries Australia, avant de reprendre du service comme charbonnier l’année suivante sous son nom définitif.

Cinquante ans ont suffi pour transformer ce charbonnier écossais en curiosité botanique classée. Les trois autres épaves de Homebush Bay, elles, continuent simplement de rouiller.

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