Les poissons doivent-ils boire de l’eau de mer pour survivre ?

Boire sans jamais avoir soif : voilà le paradoxe qui permet aux poissons de mer de survivre. Osmose, branchies, reins… un équilibre invisible mais vital, différent selon l’espèce et le milieu.

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Les poissons doivent-ils boire de l'eau de mer pour survivre ?
Les poissons doivent-ils boire de l’eau de mer pour survivre ? © RSE Magazine

Boire la tasse à la plage, l’été, laisse un goût de sel qui gratte la gorge. Pour un poisson marin, cette eau salée n’est pas un accident de baignade : c’est une nécessité vitale, répétée en permanence.

Le corps d’un poisson osseux vivant en mer est moins salé que l’eau qui l’entoure. Un phénomène naturel, l’osmose, se charge alors de rétablir l’équilibre. Quand deux milieux aqueux de concentration différente sont séparés par une membrane perméable, comme les branchies, l’eau se déplace spontanément du milieu le moins salé vers le plus salé.

Résultat : le poisson perd continuellement de l’eau à travers ses branchies, tout simplement parce que son organisme est moins concentré en sel que l’océan.

Pour compenser, il n’a qu’une solution : boire de l’eau de mer, et en grande quantité, explique le 20 Minutes. Son intestin absorbe l’eau ingérée, pendant que les branchies évacuent l’essentiel de l’excès de sel grâce à des cellules spécifiques. Les reins font le reste du travail en éliminant certains ions.

Le poisson urine peu, mais son urine est très concentrée, histoire de ne pas gaspiller une goutte d’eau. Sans ce mécanisme bien huilé, la plupart des poissons de mer, comme le bar, la dorade ou le maquereau, ne pourraient tout simplement pas survivre.

L’eau douce fait le chemin inverse, sans effort

Chez la truite, la carpe ou le brochet, tout se passe à l’envers. Leur corps est plus salé que l’eau des lacs et rivières qu’ils habitent. L’eau pénètre alors spontanément dans leur organisme, par la peau, sans qu’ils aient besoin de boire. Ces poissons d’eau douce ingèrent d’ailleurs très peu, voire pas du tout.

Le problème n’est plus le manque d’eau, mais son excès. Pour éviter de gonfler, ils produisent une urine très abondante et doivent sans cesse évacuer l’eau en trop. En parallèle, ils doivent conserver leurs sels, une opération facilitée par des cellules spécialisées des branchies qui récupèrent activement les ions perdus. Deux stratégies opposées, mer contre eau douce, pour un même objectif : garder un équilibre interne compatible avec la vie.

Cet équilibre n’a rien de figé. Des expériences ont montré que les poissons ajustent en permanence la quantité d’eau qu’ils avalent, en fonction des conditions de leur milieu. Chez le bar, la dorade et le maquereau, boire de l’eau de mer reste indispensable pour compenser les pertes constantes à travers les branchies.

Cette capacité d’ajustement explique pourquoi la plupart des poissons ne peuvent pas passer brutalement de l’eau douce à l’eau de mer : leur organisme doit réorganiser en profondeur son fonctionnement pour faire face à un nouvel équilibre en sels.

Certaines espèces ont poussé cette souplesse plus loin. Les saumons et les anguilles passent une partie de leur vie en eau douce, l’autre en mer. Leur organisme sait modifier ses réglages internes, un mécanisme appelé osmose, pour s’adapter quel que soit le milieu. Les poissons des mangroves, eux, encaissent de fortes variations de salinité au quotidien et possèdent, pour cette raison, une grande souplesse d’osmose.

Les requins et les raies jouent une autre partition

Les poissons cartilagineux, requins et raies en tête, ont trouvé une parade différente. Leur concentration en sel est légèrement supérieure à celle de l’eau de mer. Ils n’ont donc pas besoin de boire en continu comme les poissons osseux : ils absorbent au contraire de petites quantités d’eau par osmose, via leurs branchies.

Ces élasmobranches accumulent de l’urée dans leurs tissus, ce qui maintient leur niveau de sel proche de celui de l’océan. Une glande saline se charge d’éliminer l’excès de sel qui subsiste. Trois façons de faire, marines, d’eau douce et cartilagineuses, pour un même défi : ne jamais laisser l’eau et le sel déborder l’équilibre du corps.

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