Une découverte géologique sous la calotte de l’Antarctique oriental retient l’attention des chercheurs, en lien avec les Montagnes Transantarctiques. Un système de bassins sous-glaciaires interconnectés, qui forme une vaste structure en éventail à l’échelle du continent, a été mis au jour sous plus de 3 kilomètres de glace. Baptisée « Province des bassins en forme d’éventail de l’Antarctique oriental », cette trouvaille pourrait modifier la compréhension de l’histoire tectonique mondiale et pose des questions sur la stabilité de la calotte face au changement climatique.
Ce qu’on a trouvé sous trois kilomètres de glace
Le travail revient à une équipe internationale, dont des géographes de l’Université de Cambridge. Le Dr Guy Paxman a calculé la topographie de rebond, une méthode qui sert à repérer ces structures enfouies. Leurs résultats, publiés dans la revue Nature Geoscience, modifient la lecture des formations géologiques cachées sous la glace antarctique.
Cette masse en éventail regroupe plusieurs bassins sous-glaciaires déjà connus :
- le bassin de Wilkes
- le bassin d’Aurora
- le lac Vostok, le plus grand lac sous-glaciaire identifié à ce jour
Chacun de ces bassins avait été étudié séparément, mais personne n’avait reconnu jusqu’ici leur connexion au sein d’un même ensemble de cette ampleur.
Comment ça s’est formé il y a des millions d’années
La structure remonterait à environ 160 millions d’années, à l’époque où le supercontinent Gondwana se disloquait. Les chercheurs avancent un mécanisme d’extension rotationnelle distribuée : la croûte continentale se serait étirée comme « une main dont on écarte les doigts », et chaque espace entre les doigts correspond à un bassin triangulaire. Ce pourrait être l’un des plus grands exemples d’extension rotationnelle documentés, et la structure aurait peut‑être contribué à la séparation géologique entre l’Antarctique et l’Australie.
La méthode repose sur un calcul : les chercheurs ont estimé comment le sol antarctique remonterait si la glace venait à disparaître, en tenant compte d’un rebond isostatique évalué à 1 km. Ils ont ensuite croisé ces données avec des mesures gravimétriques, magnétiques et sismiques, ainsi qu’avec des modèles lithosphériques, le tout sans retirer la glace.
Ce que ça change pour le climat et les glaciers
La découverte intéresse directement les glaciologues et les climatologues, notamment en lien avec les séismes glaciaires. La forme du socle rocheux sous la calotte influence l’écoulement des glaciers, la formation des lacs sous-glaciaires et la vulnérabilité de la glace aux variations climatiques. Cette structure enfouie suggère que certaines zones de la calotte antarctique orientale pourraient se déstabiliser plus facilement que ne le prévoient les modèles climatiques actuels. Ces données comptent pour estimer l’élévation future du niveau des mers et pour orienter les politiques climatiques internationales.




