Ces femmes marocaines gravissent des montagnes pour capturer le brouillard : elles produisent des milliers de litres d’eau potable alors que leurs villages s’assèchent

Au Maroc, de simples filets captent le brouillard pour offrir de l’eau potable à des villages entiers, sans pompe ni électricité. Comment cette technologie a-t-elle transformé le quotidien de familles entières et changé le destin de leurs filles ?

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Ces femmes marocaines gravissent des montagnes pour capturer le brouillard : elles produisent des milliers de litres d'eau potable alors que leurs villages s'assèchent
Ces femmes marocaines gravissent des montagnes pour capturer le brouillard : elles produisent des milliers de litres d’eau potable alors que leurs villages s’assèchent © RSE Magazine

Dans la région d’Aït Baâmrane, au sud-ouest du Maroc, en bordure du désert, un système de captage du brouillard atlantique fournit désormais de l’eau potable à des villages qui en étaient auparavant privés. Le brouillard venu de l’océan Atlantique se condense sur la maille des filets, l’eau s’écoule vers des canaux de collecte puis rejoint les robinets des villages par des tuyaux gravitaires, sans pompe, sans puits ni machinerie complexe.

L’installation se trouve sur le Mont Boutmezguida, à plus de 1 219 mètres d’altitude. De hauts poteaux d’acier maintiennent des rangées de filets rectangulaires en maille polymère noire, tendus sur 600 m², directement sur le passage du brouillard qui traverse les montagnes de l’Anti-Atlas. Le système, baptisé CloudFisher, est exploité par Dar Si Hmad, une organisation marocaine à but non lucratif qui travaille sur cette source d’eau depuis 2006.

Sa cofondatrice et directrice, Jamila Bargach, a grandi dans un village de la région. Elle raconte, dans un entretien accordé au Guardian, avoir vu ses habitants partir les uns après les autres : « Tout le monde quittait le village où j’ai grandi, et c’était uniquement à cause de l’eau ».

Quatre heures de marche remplacées par un robinet

Avant l’arrivée des filets, les habitants ruraux marchaient couramment jusqu’à quatre heures par jour pour atteindre des puits fonctionnels. Les femmes portaient sur la tête des bidons de cinq gallons pesant près de 22,7 kg, et les filles manquaient l’école pour participer à cette corvée quotidienne qui rythmait le déroulement des journées.

Depuis la mise en service du réseau, en 2015, certaines familles n’ont plus besoin d’effectuer ces trajets répétés vers les puits. Les filles vont désormais à l’école régulièrement, selon Jamila Bargach.

Une eau longtemps jugée suspecte

L’acceptation n’a rien eu d’automatique. Certains villageois estimaient que cette eau, n’ayant jamais traversé le sol, manquait des minéraux et des qualités associées à l’eau vivante, une réserve qui touchait autant la consommation que le rituel religieux. Fadma, une grand-mère de 52 ans, faisait partie des opposants précoces au projet, jugeant le brouillard comme une source incertaine et illégitime.

Elle a fini par accepter cette eau, selon Jamila Bargach, et ses petites-filles sont désormais scolarisées. Devenue connue en français sous le nom de « l’eau du brouillard », cette ressource a aussi donné lieu à une initiative complémentaire : Dar Si Hmad a par ailleurs mis en place une école de l’eau, consacrée à la conservation de la ressource et, dans certains cas, à l’alphabétisation de base, pour permettre notamment de lire un numéro de téléphone et de signaler une fuite avant qu’elle n’endommage les murs en argile des maisons.

Des ingénieurs ont depuis amélioré la technologie en modifiant les dimensions des ouvertures de la maille, les fibres et leurs revêtements. Selon Gareth McKinley, de l’École d’ingénierie du MIT, ces ajustements ont amélioré l’efficacité de la collecte de brouillard d’environ 500 %.

Une maille moderne peut ainsi extraire jusqu’à 77 litres d’eau par mètre carré en 24 heures. L’équipement marocain est également jugé plus durable et plus facile à réparer localement que des filets similaires installés en Érythrée et au Chili dans les années 1990 et au début des années 2000.

Le réseau dessert désormais plus de 16 villages de la chaîne de l’Anti-Atlas, selon la page consacrée au projet par Dar Si Hmad. Le dispositif a été cité comme modèle de référence pour l’adaptation climatique par l’organe climatique de l’ONU, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, en 2026.

Le captage de brouillard reste toutefois limité à des reliefs particuliers : il faut une montagne adaptée, une altitude suffisante et un régime de brouillard favorable. Les côtes arides dépourvues de sommets brumeux se tournent plutôt vers le dessalement, une technologie autrement plus coûteuse. L’Arabie saoudite a récemment dépensé 7,2 milliards de dollars pour une seule usine de ce type.

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