En 2015, une équipe de paléoanthropologie dirigée par le chercheur Ludovic Slimak a mis au jour des restes de mâchoire d’un Néandertalien vieux d’environ 42 000 ans, sur le site de Grotte Mandrin, dans la vallée du Rhône, en France.
Depuis cette découverte initiale, l’équipe a continué à retrouver des fragments du même individu, à raison d’une dent ou d’un fragment d’os chaque année, selon les mots de Slimak dans un entretien accordé au New Statesman en 2022. Le spécimen a été baptisé Thorin, en référence au personnage de Thorin Oakenshield dans Le Hobbit de J.R.R. Tolkien. Le chercheur justifie ce choix par une analogie : dans un entretien au site IFLScience, il explique que Thorin dans Le Hobbit est l’un des derniers rois nains sous la montagne et le dernier de sa lignée, et que Thorin le Néandertalien est aussi une fin de lignée, une fin d’une manière d’être humain.
Une dent du squelette contenait encore de l’ADN de l’individu, ce qui a permis d’en séquencer le génome à partir d’une puce génétique. Les résultats de cette analyse, publiés dans la revue Cell Genomics, apportent des indices inédits sur les derniers temps de l’espèce néandertalienne.
Cinquante millénaires sans échanger un seul gène
L’analyse génétique montre que la lignée de Thorin est demeurée isolée du reste de la population néandertalienne, alors même que d’autres groupes vivaient à proximité. Selon Slimak, cité par Live Science, la population de Thorin avait passé 50 millénaires sans échanger un seul gène avec les populations néandertaliennes classiques.
Le génome révèle par ailleurs une homozygotie élevée, signe d’une consanguinité récente au sein de ce groupe. Aucune trace de croisement génétique avec les humains modernes de l’époque n’a été retrouvée.
Ce résultat confirme une hypothèse que Slimak avait formulée près d’une décennie avant la découverte de Thorin. En étudiant des outils en pierre trouvés sur différents sites, il avait remarqué que ceux de la vallée du Rhône ne correspondaient pas au style de fabrication plus récent observé ailleurs, laissant supposer que les Néandertaliens de la région différaient de leurs voisins.
Il a commenté auprès de Live Science que ce qu’il avait proposé il y a 20 ans s’était avéré prédictif.
Pour Slimak, la portée de cette découverte dépasse le cas isolé de Thorin. Il a déclaré que tout devait être réécrit concernant la plus grande extinction de l’humanité et notre compréhension de cet incroyable processus qui conduira Homo sapiens à rester le seul survivant de l’humanité.
Il s’interroge sur la possibilité que des populations aient vécu isolées pendant 50 millénaires alors qu’elles n’étaient qu’à deux semaines de marche l’une de l’autre, un constat qui l’amène à demander que tous les processus liés à cette extinction soient repensés.
Le chercheur, rattaché à l’université de Toulouse, a passé des décennies à explorer les grottes autrefois habitées par les Néandertaliens. Ses travaux à Grotte Mandrin, un petit site niché près du Rhône, une voie de migration historique pour les bisons, les chevaux et les cerfs, ont transformé la compréhension scientifique des tout derniers représentants de cette espèce.
Le site a été occupé tour à tour par des groupes néandertaliens et par Homo sapiens sur une période de 80 000 ans, suivant les déplacements des troupeaux. Les fouilles s’y poursuivent pieds nus, pour ne pas endommager les vestiges encore enfouis dans les sédiments.






