Carrefour : quand les dysfonctionnements de location-gérance deviennent une crise de gouvernance

L’enquête de Complément d’enquête diffusée le 15 octobre 2026 révèle des dysfonctionnements majeurs dans le réseau de magasins Carrefour exploités en location-gérance. Entre fraudes présumées aux remises immédiates et conditions de travail dégradées incluant la présence de rongeurs, le modèle économique du groupe montre ses limites en matière de gouvernance et de responsabilité sociale.

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Carrefour : quand les dysfonctionnements de location-gérance deviennent une crise de gouvernance © RSE Magazine

Le 15 octobre 2026, l’émission Complément d’enquête a mis en lumière des failles structurelles majeures dans la gouvernance de Carrefour. Au-delà d’une simple fraude financière, l’enquête dénonce des dysfonctionnements graves dans la gestion des magasins en location-gérance, soulevant des questions cruciales sur la responsabilité sociale et le contrôle interne du groupe.

Un modèle de location-gérance en crise

Carrefour a massivement recours à la location-gérance pour tenter de sauver environ la moitié de ses hypermarchés, mais ce modèle est aujourd’hui au cœur d’une grave crise de gouvernance. L’enquête a recensé 77 tickets de caisse correspondant à des ventes fictives dans un hypermarché entre 2022 et 2023. Parmi eux, un ticket mentionne 776 bouteilles de spiritueux facturées 17 000 euros, et un autre plus de 20 000 bouteilles d’eau pour 8 000 euros en seulement 35 minutes. Un témoin de l’enquête s’est exprimé : « Ce genre de montant en caisse, ça n’existe pas. »

Contrôle défaillant malgré les alertes

Les alertes sur ces anomalies se sont multipliées sans provoquer de réaction adéquate. En 2024, l’Institut de liaisons des entreprises de consommation (Ilec) a été informé par un fournisseur de problèmes dans 300 à 400 magasins. De son côté, la CFDT a documenté dès 2023 les mauvaises conditions de travail dans le « Livre noir des conditions de travail Carrefour Hypers ». Erwanig Le Roux, représentant CFDT, affirme : « Ils ne peuvent pas dire qu’ils ne sont pas au courant. » Le cas du locataire-gérant de Carrefour à Illzach, mis en examen en mai 2024 pour escroquerie après un détournement présumé de 1,5 million d’euros, illustre l’ampleur du problème.

Quelle est la responsabilité de Carrefour ?

La responsabilité de Carrefour vis-à-vis de ses franchisés est au centre du débat. Le groupe, qui génère 90 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel dans 40 pays, a délégué la gestion à des indépendants, tout en gardant la marque. Plusieurs responsables de magasins ont évoqué des gains annuels de 50 000 à 100 000 euros grâce à des fraudes présumées. Un responsable a déclaré : « Ce sont des choses qui se pratiquent, je ne connais pas un magasin qui ne le fait pas. » Si cela est avéré, cela indiquerait une défaillance systémique du système de supervision.

Conditions de travail et responsabilité sociale

Au-delà des préoccupations financières, l’enquête a révélé des conditions de travail et d’hygiène alarmantes dans certains magasins. Des rongeurs ont été filmés dans les rayons d’un hypermarché en 2025, et un salarié aurait été mordu, selon les syndicats. Pour un groupe prônant des engagements RSE ambitieux, cet écart entre discours et réalité devient difficile à justifier.

Le « Livre noir CFDT » : un outil de pression

Depuis 2023, la CFDT a méthodiquement documenté les manquements, tels que locaux vétustes et environnements insalubres. Ce travail démontre une dégradation que les alertes internes n’ont pu enrayer. Pour Carrefour, cela souligne les risques de sous-estimer les signaux faibles. La médiatisation transforme ce problème interne en enjeu réputationnel majeur.

Hygiène et sécurité : quelles responsabilités ?

La question de la responsabilité de Carrefour face aux conditions sanitaires se pose : même dans un modèle de location-gérance, peut-il s’exonérer de tout contrôle ? Les normes d’hygiène alimentaire s’appliquent indépendamment du gestionnaire, et les risques pour la santé des employés et clients engagent la responsabilité de l’enseigne au-delà des clauses contractuelles.

Conséquences pour la stratégie RSE et la confiance

L’impact de ces révélations va au-delà d’une simple affaire de fraude, affectant directement la confiance des consommateurs. Comment croire aux « remises immédiates » lorsque le système semble massivement détourné ? Pour Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, la crise impose une révision complète des mécanismes de contrôle et de gouvernance.

La réputation des grandes surfaces repose sur la confiance des clients. L’exposition médiatique amplifie les dommages potentiels. Les risques de conformité augmentent, avec des inspections sanitaires et des contrôles fiscaux renforcés. Pour Carrefour, il est crucial de restaurer la confiance tout en maintenant un modèle décentralisé, ce qui nécessite un renforcement drastique des mécanismes de supervision et une transparence accrue sur les dysfonctionnements constatés.

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