Après la piscine et la mer, place au podium. À Aix-en-Provence, les Bulles Roses contre le cancer du sein vont transformer un défilé de mode en opération de financement, de sensibilisation et de reconstruction personnelle. Une initiative qui mêle santé, sport, recherche et mobilisation de partenaires, avec un enjeu très RSE : donner de la durée à un programme associatif dont l’accès se veut indépendant des ressources financières des bénéficiaires.
Un défilé de mode pour les Bulles Roses contre le cancer du sein
Le 8 octobre 2026, dans le cadre d’Octobre Rose, 23 bénéficiaires du programme Les Bulles Roses contre le cancer du sein, soit 22 femmes et un homme issus des promotions 2025 et 2026, doivent défiler à l’Hôtel Renaissance d’Aix-en-Provence. L’événement intervient dans un territoire où la mobilisation autour du cancer du sein dépasse largement la seule communication : prévention, activité physique adaptée, dépistage et événements caritatifs jalonnent la programmation aixoise d’Octobre Rose 2026.
L’enjeu sanitaire demeure majeur. En 2023, le cancer du sein a causé 12.765 décès en France. La collectivité rappelle également que la participation au dépistage organisé atteignait seulement 28,7% dans les Bouches-du-Rhône et 34,3% en région Sud PACA sur la période 2023-2024, contre 47,7% au niveau national. Elle estime par ailleurs à environ 600 le nombre de cancers du sein masculins diagnostiqués chaque année, soit environ 1% des cas.
Ici, les vêtements ne constituent pas le sujet central. Aucun styliste ne dicte la silhouette et aucune collection n’est imposée. Les participantes et le participant doivent défiler avec leurs propres tenues, leur style et leur histoire. Le podium devient ainsi le prolongement symbolique du programme : après l’apprentissage de la plongée sous-marine et le rapport parfois bouleversé au corps par la maladie et les traitements, l’association veut proposer une autre situation d’exposition, cette fois face au public.
Le rendez-vous est annoncé à partir de 19 heures, le billet adulte étant proposé à 50 euros, tandis qu’un tarif de 20 euros est proposé aux moins de 16 ans. Au-delà de la soirée elle-même, l’opération doit contribuer à financer un programme qui nécessite des ressources récurrentes. Cette logique correspond à une tendance plus large d’Octobre Rose : faire de la sensibilisation un point de rencontre entre associations, professionnels de santé, collectivités, citoyens et acteurs économiques. La Ligue contre le cancer décrit ainsi la campagne comme une mobilisation associant prévention, dépistage, générosité et engagement collectif, avec des actions conduites auprès du grand public mais aussi des entreprises et des établissements de santé. Dans plusieurs communes, les sommes issues de marches, courses ou autres événements sont reversées aux actions de lutte contre le cancer.
La plongée sous-marine, au cœur d’un programme médical et scientifique
Créé en 2024 par ASENOGYN et porté par la Dre Véronique Vaini-Cowen, chirurgienne gynécologue à l’Hôpital Privé de Provence et à la Maternité de l’Étoile, le programme associe activité physique, relaxation et environnement aquatique, selon le communiqué de l’association. Il entend offrir aux personnes touchées par un cancer du sein un espace distinct du quotidien médical, avec un objectif affiché de diminution des angoisses, de restauration de la confiance et de meilleur vécu du parcours de soins.
Son architecture repose sur plusieurs acteurs. Le site officiel des Bulles Roses mentionne un encadrement médical, un accompagnement en sophrologie assuré avec Michelle Andrès et des séances conduites avec les clubs AixPlo et Subaquatique Club Lambescain. Il affirme également que l’accès au programme ne doit pas dépendre des ressources financières des bénéficiaires. Cette dimension d’accessibilité donne au projet une lecture directement pertinente pour la RSE : l’enjeu n’est pas seulement de financer une activité, mais de rendre un accompagnement accessible indépendamment des capacités individuelles de paiement.
Cancer du sein : financer durablement les Bulles Roses
La question économique est centrale. Pour la campagne 2026, la page de collecte d’ASENOGYN fixe un objectif de 49.644 euros. Au 26 septembre 2026, 24.686 euros avaient été réunis auprès de 49 contributeurs, soit environ la moitié de la cible affichée par HelloAsso. Derrière ce montant global se dessine un modèle de financement très concret : l’association chiffre à 358 euros par personne la formation à la plongée, soit 6.444 euros pour 18 bénéficiaires, et à 2.400 euros par personne l’immersion finale, soit 43.200 euros pour le groupe.
Ces données mettent en lumière l’un des défis classiques des initiatives à impact social : transformer une expérimentation mobilisatrice en dispositif durable. Les coûts ne s’arrêtent pas à l’événement visible. Ils comprennent la formation, l’encadrement, les clubs, les déplacements et la logistique de l’immersion. ASENOGYN précise que les sommes collectées doivent notamment être versées aux clubs AixPlo et Subaquatique Club Lambescain pour la formation, puis aux prestataires liés au transport, au bateau, à l’hébergement et à la logistique du séjour.
Le projet repose ainsi sur un écosystème hybride. Son site mentionne parmi ses soutiens des clubs sportifs, le Crédit Agricole, le Rotary, la Ville d’Aix-en-Provence, la Métropole Aix-Marseille-Provence, Aix-Marseille Université ainsi que plusieurs structures et entreprises locales. Pour les entreprises, ce type de partenariat peut relever d’une politique d’engagement territorial ou de mécénat : soutien à la santé, inclusion, sport-santé et solidarité locale se rencontrent dans un même dispositif. La collecte HelloAsso précise en outre que les versements d’entreprises à ASENOGYN peuvent, sous les conditions légales applicables, ouvrir droit à une réduction d’impôt sur les sociétés de 60% du don dans les limites prévues par le dispositif fiscal.
Un défilé de mode qui fédère engagement et plongée sous-marine
Cette mobilisation prend d’autant plus de sens qu’Octobre Rose conserve un important défi d’accès au dépistage. À l’échelle nationale, la participation au dépistage organisé atteignait 45,7% sur la période 2024-2025, alors que l’objectif mentionné par l’ARS Bourgogne-Franche-Comté est fixé à 70%. L’agence rappelle également que plus de 60.000 nouveaux cas de cancer du sein sont diagnostiqués chaque année en France et que près de 80% concernent des femmes de plus de 50 ans. Ces chiffres donnent une autre portée aux opérations locales : derrière le volet caritatif se joue également la capacité à maintenir le cancer du sein dans l’espace public et à orienter vers la prévention.
La seconde lecture prévue dans le dépistage organisé illustre cet enjeu. À Aix-en-Provence, la Ville rappelle que les examens destinés aux femmes de 50 à 74 ans sont pris en charge à 100% sans avance de frais et que la seconde lecture permet d’identifier environ 7% des cancers dépistés. L’ARS Bourgogne-Franche-Comté donne pour sa part un chiffre de 6% des cancers détectés lors de cette seconde lecture, sur la base de son programme régional. Les périodes et périmètres diffèrent, mais le message converge : l’information et l’orientation vers le dispositif organisé constituent une composante importante de la politique de prévention.
Les Bulles Roses ajoutent à cette mobilisation une dimension d’après-diagnostic, centrée sur l’activité, le collectif et le rapport au corps. Après l’immersion annoncée du 3 au 12 novembre 2026 à l’île Maurice pour la deuxième édition, un troisième groupe doit entrer dans le programme à partir de novembre, selon le communiqué d’ASENOGYN. Il réunira 14 nouveaux bénéficiaires, dont deux hommes, qui doivent d’abord plonger en piscine puis en mer avant une nouvelle immersion d’une dizaine de jours destinée à poursuivre l’étude scientifique. Le défilé du 8 octobre 2026 s’inscrit ainsi entre deux temporalités : celle, ponctuelle, d’Octobre Rose et celle, beaucoup plus longue, du financement et de l’évaluation d’un programme que ses promoteurs veulent installer dans la durée.

