Secteur bancaire : hausse des investissements dans les énergies fossiles

Malgré les engagements climatiques pris depuis l’accord de Paris, le financement du fossile par les établissements bancaires mondiaux atteint des niveaux records.

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Secteur bancaire : hausse des investissements dans les énergies fossiles © RSE Magazine

Les banques mondiales ont accordé 906 milliards de dollars au secteur fossile en 2025, soit une hausse de 8% malgré les engagements climatiques. Tandis que les géants américains et japonais amplifient leurs soutiens, les établissements français réduisent progressivement leurs financements aux énergies traditionnelles.

Le secteur bancaire intensifie son soutien aux énergies fossiles

Malgré les engagements climatiques pris depuis l’accord de Paris, le financement du fossile par les établissements bancaires mondiaux atteint des niveaux records. En 2025, les 65 plus grandes banques mondiales ont accordé 906 milliards de dollars de soutien financier aux entreprises pétrolières, gazières et charbonnières, soit une augmentation de 8% par rapport à l’année précédente selon Zone Bourse.

Cette progression s’inscrit dans une tendance inquiétante pour l’environnement. Depuis 2015, près de 9 000 milliards de dollars ont été consacrés au financement des combustibles fossiles sous diverses formes : prêts bancaires, émissions d’actions et d’obligations. Un montant colossal qui témoigne de la dépendance persistante du système financier mondial aux énergies traditionnelles.

Une explosion du financement des infrastructures gazières

L’analyse détaillée des flux financiers révèle des évolutions contrastées selon les segments d’activité. Le secteur du transport, du stockage et du commerce d’hydrocarbures (midstream) a connu une explosion spectaculaire de 84%, atteignant 116 milliards de dollars. Cette hausse s’explique notamment par l’engouement pour les projets de gaz naturel liquéfié (GNL), considérés par Desmog comme « l’un des développements les plus saisissants de 2025 ».

Plus préoccupant encore, le financement de l’expansion des infrastructures de production d’énergie fossile a bondi de 27%, culminant à 508 milliards de dollars. Ces investissements d’expansion revêtent une importance cruciale car ils « verrouillent des décennies d’émissions carbone futures, de pollution locale future, de chocs d’approvisionnement futurs et de risques d’actifs échoués », selon les analystes du rapport « Banking on Climate Chaos ».

JPMorgan Chase et les géants américains dominent le classement

Le classement mondial des financeurs révèle la prédominance des établissements américains et japonais. JPMorgan Chase conserve sa première position avec 58,2 milliards de dollars engagés (+12,5% sur un an), suivi par Bank of America et la japonaise Mitsubishi UFJ. Cette concentration géographique illustre les disparités régionales dans l’approche du financement climatique.

Les douze principales banques mondiales, surnommées la « Dirty Dozen » par les ONG, représentent à elles seules 39% de l’ensemble du financement fossile. Cette centralisation inquiète les experts, qui y voient un accroissement des risques systémiques. Comme l’explique Niko Lusiani, directeur de recherche chez Rainforest Action Network : « Étant donnée la concentration croissante chez les décideurs, les preneurs de décisions, puis les centres financiers d’où provient le financement, il me semble que les risques fiscaux et économiques globaux de ces développements s’aggravent. »

Les banques françaises nagent à contre-courant

Les établissements français semblent adopter une stratégie différente. Leur contribution collective au financement des énergies fossiles, estimée à environ 16 milliards de dollars en 2025, poursuit sa décrue entamée depuis plusieurs années, comme le confirme Le Figaro. Cette transition énergétique progressive distingue les groupes tricolores de leurs homologues internationaux.

L’ONG Reclaim Finance salue ces « signaux encourageants chez les banques françaises », tout en pointant une exception notable : la Société générale. Selon l’étude, cet établissement a intensifié ses soutiens à la production pétrolière et gazière, devenant « le premier soutien de l’entreprise TotalEnergies ». Cette relation privilégiée s’est même institutionnalisée avec l’élection du directeur général Slawomir Krupa au conseil d’administration du géant pétrolier français fin mai.

Interrogée sur ces accusations, la Société générale conteste les données présentées, affirmant que celles-ci « ne reflètent pas la baisse continue de son soutien à l’exploration et à la production de pétrole et de gaz ».

L’effondrement des engagements volontaires

L’année 2025 a marqué un tournant décisif avec l’effondrement de la Net-Zero Banking Alliance (NZBA), programme onusien de neutralité carbone du secteur bancaire. Cet abandon collectif a « libéré les banques pour qu’elles se désengagent davantage des objectifs climatiques et d’autres éléments de leurs stratégies climatiques », selon les analystes.

Les exemples de recul se multiplient : JPMorgan Chase a « transitionné » vers des objectifs moins contraignants, Wells Fargo a abandonné ses cibles sectorielles d’émissions pour 2030, tandis que la Banque Royale du Canada s’est retirée de ses objectifs d’émissions pour 2030. Ces revirements questionnent la sincérité des engagements volontaires du secteur bancaire.

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