En décembre 2024, des perturbations océaniques sans précédent ont été observées dans le Nord Pacifique. Des vagues géantes d’une hauteur impressionnante de 35,1 mètres ont été confirmées par satellite, établissant un record pour les observations satellitaires des phénomènes maritimes. Ces vagues figurent parmi les plus grandes jamais mesurées depuis l’espace, et elles montrent une intensité croissante des tempêtes océaniques.
Tempêtes, satellites et ce qu’on a mesuré
La mégatempête surnommée Eddie a été un événement météorologique exceptionnel, amplifié par des océans modernes de plus en plus chauds. Des technologies avancées, comme les satellites SWOT, Jason-3, et Sentinel-3, ont permis de mesurer ces vagues avec une précision inédite grâce aux observations satellitaires. Les satellites utilisent l’altimétrie satellitaire (en envoyant des impulsions radar vers la mer et en mesurant le temps de retour) pour calculer la hauteur significative des vagues.
Les données satellitaires montrent aussi des tendances préoccupantes. Selon Science et Vie, depuis les années 1980, la puissance des vagues a augmenté d’environ 8 %, tandis que la hauteur moyenne des vagues dans certaines zones de l’océan mondial a augmenté d’environ 0,30 m entre 1985 et 2018. En 2023, les vagues thermiques marines extrêmes ont touché 96 % de la surface océanique mondiale, une tendance préoccupante pour l’avenir.
Ce que ça change pour la navigation et les côtes
Ces géants de plus de 35 mètres qui ont secoué le Nord Pacifique rendent la navigation maritime plus dangereuse et peuvent mettre à rude épreuve de grandes structures maritimes. Les altimètres servent de référence pour recalibrer les routes maritimes, qui sont déviées de quelques centaines de kilomètres pour éviter les zones de fortes houles. Cette stratégie réduit le danger immédiat, mais elle augmente les coûts en carburant et allonge les délais de livraison.
Ces vagues ont aussi fait parler d’elles dans le monde du surf, avec des journées remarquables à Mavericks en Californie et des vagues alimentant des compétitions comme l’Eddie Aikau Invitational à Waimea Bay. Au niveau environnemental, les longues houles qui frappent les côtes provoquent l’érosion des dunes et augmentent les risques de submersion et d’inondation. Si ces tendances se poursuivent, près de 60 % des côtes mondiales pourraient connaître des vagues extrêmes d’ici la fin du XXIe siècle.
De la force des vagues à l’énergie renouvelable
Les chercheurs soulignent que des océans plus chauds stockent davantage d’énergie, ce qui engendre des tempêtes plus fortes et aggrave les conditions maritimes. Cette même énergie, une puissance naturelle, pourrait toutefois être exploitée pour produire de l’électricité. L’énergie des vagues, encore balbutiante sur le plan technologique, pourrait satisfaire les besoins électriques de pays entiers, notamment en Australie, si elle est maîtrisée.
Fabrice Ardhuin, expert en analyse satellite, met en garde contre une attribution simpliste des anomalies océaniques uniquement au changement climatique : bien que celui-ci joue un rôle significatif, il n’en est pas l’unique moteur. Ardhuin déclare : « Notre prochaine étape est de relier les résultats au changement climatique ».








