Au fin fond de l’océan, une équipe de chercheurs a récemment mené une expédition qui pourrait bien transformer notre vision de la vie sous-marine. Du 8 juillet au 17 août 2024, l’équipe a sillonné les eaux difficiles de la fosse des Kouriles et de la fosse des Aléoutiennes, dévoilant un écosystème riche en biodiversité. Ces trouvailles, publiées le 30 juillet 2025 dans la revue Nature et citées dans Science et Vie, montrent un univers où la vie s’épanouit grâce à des réactions chimiques plutôt qu’à la lumière du Soleil.
Un périple au cœur des fosses océaniques
L’aventure, pilotée par le submersible chinois Fendouzhe, a permis de réaliser 23 plongées en profondeur, atteignant presque 11 kilomètres sous la surface, lors d’une expédition scientifique. Ce petit bijou de technologie est équipé de deux bras mécaniques, sept caméras sous-marines, sept sonars et même de foreuses hydrauliques. Il embarque trois personnes, ce qui lui donne une capacité unique pour explorer des environnements aussi extrêmes. Pour comparer, le Nautile français et l’Alvin américain ne peuvent descendre qu’à 6 000 mètres et 6 500 mètres respectivement.
Les zones explorées incluent la fosse des Kouriles, qui se trouve entre le nord du Japon et la pointe Kamtchatka à l’est de la Russie, ainsi que la fosse des Aléoutiennes, qui s’étend de la péninsule de Kamtchatka au sud-ouest de l’Alaska. Ces régions se distinguent par la présence de « cold seeps » (des zones où des fluides froids s’échappent, semblables à des fumeurs noirs mais à des températures proches du gel). À plus de 9 500 mètres de profondeur dans la zone hadale, la pression atteint des niveaux mille fois supérieurs à celle que l’on connaît en surface.
Des découvertes surprenantes sur la biodiversité
Les résultats de cette expédition ont mis au jour un écosystème étonnant où la lumière du Soleil n’a aucune place. Les scientifiques ont observé des communautés biologiques qui s’étendent sur plus de 2 500 km à des profondeurs comprises entre 5 800 mètres et 9 533 mètres. Parmi les espèces principales, on retrouve des bivalves (une sorte de palourdes) et des vers aquatiques du groupe des Polycheta. Notamment, les vers siboglinidés vivent en symbiose avec des bactéries capables de convertir l’énergie chimique en matière organique.
La survie dans ces conditions extrêmes repose en grande partie sur les gaz qui s’échappent des sédiments marins profonds. Le processus qui permet cette vie, la chimiosynthèse, utilise le sulfure d’hydrogène (H₂S) et le méthane (CH₄) comme sources d’énergie. Les espèces réussissent à se développer malgré une température constante avoisinant les 4 °C, l’absence totale de lumière et, par moments, même sans présence de dioxygène.
Repercussions scientifiques et environnementales
Ces découvertes viennent chambouler l’image que l’on se faisait des abysses comme d’un monde désertique, tout en soulevant des questions sur les implications environnementales des activités humaines. Elles montrent que les fosses océaniques abritent une vie foisonnante rendue possible par des réactions chimiques sophistiquées. Cette nouvelle vision ouvre également des pistes intéressantes sur l’origine possible de la vie sur Terre, et elle invite à faire des parallèles avec certains milieux extraterrestres, comme Mars ou Europe, la lune glacée de Jupiter.








