99 % des dirigeants estiment que l’IA va réduire les emplois

L’un des enseignements majeurs du rapport est que l’impact de l’IA ne se limite pas à remplacer des postes entiers. Le changement se joue d’abord au niveau des tâches.

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99 % des dirigeants estiment que l’IA va réduire les emplois © RSE Magazine

Alors que l’intelligence artificielle générative entre dans les processus métiers, les dirigeants ne parlent plus seulement de productivité. Ils anticipent désormais des transformations profondes de l’organisation du travail, avec des effets directs sur les effectifs, les compétences et la responsabilité sociale des entreprises.

L’intelligence artificielle n’est plus cantonnée aux laboratoires d’innovation ou aux démonstrations de productivité individuelle. Elle arrive dans les processus de recrutement, de relation client, de production de contenus, de finance, de support juridique, de maintenance, d’analyse de données ou encore de gestion administrative. Pour les entreprises, la question n’est donc plus seulement : « Quels outils IA devons-nous adopter ? » mais : « Quel travail restera humain, quel travail sera automatisé, et comment accompagner les salariés dans cette recomposition ? »

C’est précisément le sujet mis en avant par le rapport Global Talent Trends 2026 de Mercer / Marsh. Selon cette enquête internationale menée auprès de dirigeants, responsables RH, investisseurs et salariés, 98 % des dirigeants interrogés prévoient des changements de design organisationnel dans les deux prochaines années. Plus sensible encore : 99 % des dirigeants s’attendent à ce que l’IA entraîne au moins une réduction d’effectifs sur la même période.

De l’automatisation des tâches à la refonte des métiers

L’un des enseignements majeurs du rapport est que l’impact de l’IA ne se limite pas à remplacer des postes entiers. Le changement se joue d’abord au niveau des tâches.

Un métier est rarement automatisable à 100 %. En revanche, une partie de ses activités peut être accélérée, augmentée ou confiée à des systèmes d’IA : rédaction de synthèses, préqualification de candidatures, génération de rapports, analyse de contrats, traitement de tickets clients, prévision de ventes, extraction de données ou contrôle qualité documentaire.

Pour les entreprises, cela implique de passer d’une logique de fiche de poste à une logique de cartographie des tâches. Autrement dit : identifier, métier par métier, ce qui peut être automatisé, ce qui doit rester humain, ce qui nécessite une supervision et ce qui peut être enrichi par l’IA.

Cette approche est plus technique qu’un simple plan de déploiement d’outils. Elle suppose de croiser plusieurs dimensions : criticité des tâches, exposition au risque, niveau de répétitivité, besoin de jugement humain, exigences réglementaires, qualité des données disponibles et acceptabilité sociale. Pour les DRH, c’est un basculement majeur. La gestion prévisionnelle des emplois et des compétences ne peut plus se limiter à anticiper des volumes de recrutement. Elle doit intégrer la transformation fine des activités, parfois à l’échelle d’un processus ou d’un département.

Productivité attendue, mais incertitude sociale

Les dirigeants voient dans l’IA un levier de performance. Selon Mercer, 63 % des dirigeants considèrent que la refonte du travail autour de l’IA et de l’automatisation sera l’une des initiatives RH générant le meilleur retour sur investissement. Mais le même rapport souligne un écart préoccupant : seuls 32 % pensent que leur organisation dispose déjà d’une main-d’œuvre capable de combiner efficacement les capacités humaines et les capacités machines.

Ce décalage est central pour les politiques RSE. Une entreprise peut investir massivement dans l’IA tout en sous-estimant les conditions humaines de son adoption : formation, confiance, transparence, gouvernance, dialogue social, prévention des risques psychosociaux.

L’IA peut augmenter la productivité, mais elle peut aussi intensifier le travail. Dans certains métiers, les salariés pourraient être amenés à produire davantage, plus vite, avec des objectifs recalibrés par rapport aux gains supposés de l’automatisation. Dans d’autres, l’incertitude sur la pérennité des postes peut renforcer l’anxiété, la démotivation ou la résistance au changement.

Le rapport Mercer observe d’ailleurs une dégradation du ressenti des salariés : la part d’employés déclarant s’épanouir au travail serait passée de 66 % en 2024 à 44 % en 2026. Il relève aussi que la crainte de perdre son emploi à cause de l’IA progresse fortement. Ce point doit alerter les entreprises : l’acceptabilité de l’IA ne dépend pas seulement de sa performance technique, mais de la manière dont elle est introduite.

Tous les emplois ne sont pas exposés de la même manière

L’impact de l’IA sur l’emploi ne sera ni uniforme ni linéaire. Les postes les plus exposés sont souvent ceux qui comportent une forte proportion de tâches informationnelles répétitives : traitement administratif, support de premier niveau, production de contenus standardisés, reporting, recherche documentaire, analyse simple de données.

Mais l’exposition ne signifie pas disparition automatique. Dans de nombreux cas, l’IA transforme le contenu du travail plutôt qu’elle ne supprime immédiatement le poste. Un juriste peut déléguer une première analyse documentaire à un outil d’IA, mais conserver la responsabilité de l’interprétation, de la stratégie et du risque. Un recruteur peut automatiser une partie du tri ou de la rédaction, mais rester central dans l’évaluation humaine, la relation candidat et la décision finale. Un conseiller client peut être assisté par un agent conversationnel, tout en se concentrant sur les situations complexes ou sensibles.

Les fonctions RH ont ici un rôle décisif : éviter une lecture simpliste opposant emplois « remplaçables » et emplois « protégés ». La vraie question est celle de la recomposition des compétences. Les organisations devront développer des compétences techniques, mais aussi des compétences de supervision : savoir formuler une demande à une IA, vérifier une réponse, comprendre ses limites, détecter les biais, protéger les données sensibles et conserver une capacité de jugement.

Le défi du redéploiement et de la formation

Le rapport indique que 60 % des responsables RH s’attendent à ce que 11 % à 20 % de leur main-d’œuvre soit redéployée ou requalifiée en raison de l’IA dans les deux prochaines années. Cette donnée est particulièrement importante pour les stratégies RSE, car elle montre que la transformation ne peut pas être gérée uniquement par la réduction des coûts.

La requalification devient un enjeu de responsabilité sociale. Les entreprises qui adopteront l’IA sans plan d’accompagnement risquent de créer une fracture interne entre salariés « augmentés » et salariés fragilisés. Les premiers auront accès aux outils, aux formations et aux nouveaux rôles. Les seconds pourraient voir leurs tâches réduites, dévalorisées ou automatisées sans trajectoire de transition claire.

Un plan responsable devrait donc inclure plusieurs éléments : cartographie des métiers exposés, identification des compétences transférables, formation à l’IA par niveau de responsabilité, dispositifs de mobilité interne, accompagnement managérial et dialogue avec les représentants du personnel. Il doit aussi prévoir une attention particulière aux populations déjà vulnérables : métiers administratifs fortement féminisés, salariés seniors, travailleurs peu qualifiés ou fonctions support souvent éloignées des programmes d’innovation.

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