Selon l’observatoire européen Copernicus Marine, juin 2026 restera le mois le plus chaud jamais enregistré à la surface des océans du globe. La température moyenne a atteint 20,98°C, contre 20,89°C en juin 2024.
82 % de l’océan en canicule
L’océanographe Marina Lévy, directrice de recherche au CNRS, chiffre l’ampleur du phénomène : 82 % de la surface océanique était en état de canicule marine en juin 2026. Dans un entretien accordé à franceinfo, diffusé le mardi 4 août 2026, elle parle de véritables incendies sous-marins.
Elle détaille que, depuis ces trois dernières années, les records se succèdent l’un après l’autre, le mois de juin a été particulièrement terrible, parce que 82 % de l’océan était en canicule. Selon elle, « ce n’est plus une anomalie ponctuelle, c’est un peu comme pour le climat terrestre, on entre dans un monde où les records deviennent la norme. »
En Méditerranée, la France en première ligne
Fin juin 2026, l’Institut des sciences de la mer (CSIC) a mesuré un pic de chaleur record dans le nord-ouest de la Méditerranée, des Baléares à la Corse et à la Sardaigne. Depuis plusieurs années déjà, la température de l’eau y dépasse localement les 30°C.
Les trois façades maritimes françaises ont elles aussi battu des records en 2026. En Méditerranée nord-ouest, les vagues de chaleur marines se sont succédé presque sans interruption depuis le début de l’année, avec un record journalier de 27,7°C relevé le 27 juin.
Dans le golfe de Gascogne, la mer a atteint 22,5°C, dépassant le record de 2023. Même la Manche, pourtant réputée relativement préservée grâce à ses conditions dynamiques particulières, a affiché une anomalie moyenne de 2,5 degrés au-dessus des normales.
Selon Thibault Guinaldo, chercheur à Météo-France spécialiste des canicules marines, 2026 devrait rester une année de référence climatique pour les façades françaises, au même titre que 2003 ou 2022.
Une mer qui chauffe avant même l’été
Ces records ne s’expliquent pas uniquement par des conditions atmosphériques favorables. Ils résultent de plusieurs mois d’accumulation de chaleur dans un océan qui se réchauffe déjà. Contrairement à l’air, qui réagit en quelques jours aux variations de température, l’océan évolue plus lentement mais conserve la chaleur accumulée pendant des semaines, parfois plusieurs mois.
Les trimestres janvier-février-mars 2025 et janvier-février-mars 2026 figurent ainsi parmi les plus chauds jamais observés sur les façades françaises, créant un excédent de chaleur avant même l’arrivée des vagues de chaleur atmosphériques de mai et juin. Comme au saut en hauteur, où le sol s’élèverait chaque année sans que la barre elle-même ne change de hauteur, chaque nouvelle vague de chaleur démarre désormais sur une mer déjà plus chaude que l’année précédente.
Depuis le début des années 2020, les années records ne sont plus séparées par plusieurs décennies : elles ont perdu leur caractère de rareté.
Marina Lévy redoute d’autres records de chaleur dans les mois à venir, en lien avec El Niño, ce phénomène naturel de réchauffement des eaux du Pacifique équatorial qui revient tous les deux à sept ans et modifie les régimes de vents et de précipitations à l’échelle mondiale.
« Un océan plus chaud et c’est plus d’énergie pour les tempêtes, c’est plus d’évaporation et donc c’est plus de risques de pluies extrêmes, d’inondations », explique l’océanographe, qui rappelle que « l’océan, c’est le principal régulateur du climat ».
Espèces déplacées, herbiers en recul, pêche fragilisée
La chaleur sous-marine pousse des espèces à migrer vers des eaux plus fraîches et fait blanchir les coraux. En Bretagne, des herbiers marins sont en train de disparaître en 2026, entraînant avec eux tout un écosystème, selon Marina Lévy, qui dirige aussi l’Institut de l’Océan de l’Alliance Sorbonne Université. « C’est vraiment important d’alerter là-dessus parce que les gens ne voient pas ce qui se passe sous l’eau », affirme-t-elle.
Les conséquences sont qualifiées de dramatiques pour les pays du Sud. « C’est dramatique pour les pays du Sud, comme le Sénégal, qui voient leurs ressources disparaître puisque les océans plus chauds s’appauvrissent davantage que les océans frais », relève l’océanographe.
En Manche, les populations de bulots se sont effondrées, tandis qu’en Bretagne, les forêts de laminaires, qui abritent une biodiversité importante, montrent des signes de déclin. Ce phénomène de tropicalisation voit des espèces habituées aux eaux chaudes gagner du terrain vers le nord, pendant que les espèces d’eaux fraîches reculent localement. Ces bouleversements vont toucher la pêche, l’aquaculture, le tourisme, « toutes les économies littorales en fait », selon Marina Lévy.
Dans les Outre-mer, la Polynésie française est également exposée : les épisodes de chaleur marine liés à El Niño y provoquent régulièrement des blanchissements massifs de coraux, qui menacent l’équilibre des récifs et les ressources des populations locales.





