Le bilan s’alourdit d’heure en heure. Selon l’agence Associated Press, la catastrophe qui a frappé le Népal a fait 168 morts et plus de 1 300 personnes portées disparues. Des centaines d’habitants ont fui la région, et les équipes de secours poursuivent leurs recherches le long de la frontière avec la Chine. Établir un bilan précis s’annonce complexe.
Les faits remontent au mercredi 26 août 2026, au matin. Un glissement de terrain de glace et de roche a déclenché un torrent de boue et de débris qui a fait déborder les berges de la rivière Trishuli, aussi appelée Bhotekoshi, qui coule entre la Chine et le Népal.
Son niveau s’est élevé jusqu’à neuf mètres en une demi-heure seulement. Maisons, routes, ponts et centrales électriques ont été emportés. Selon les experts du Centre international pour la mise en valeur intégrée des montagnes (ICIMOD), basé à Katmandou, c’est la rivière Lhende Khola, un affluent de la Trishuli, qui a été la plus touchée.
À l’origine du désastre : le glacier du Langtang Lirung, l’un des sommets les plus connus de l’Himalaya, explique The Guardian. L’effondrement s’est produit à environ 5 200 mètres d’altitude, laissant une brèche de 1,5 à 2 kilomètres de long. Des millions de mètres cubes de débris ont dévalé un versant.
Un effondrement pris d’abord pour un séisme
Devant le Parlement, le ministre népalais des Affaires étrangères, Shisir Khanal, a d’abord évoqué un séisme survenu dans la zone, susceptible d’avoir déclenché le glissement de terrain. L’analyse a ensuite changé de nature : l’United States Geological Survey (USGS) a établi que c’est bien un effondrement glaciaire qui a provoqué l’événement sismique, enregistré comme un séisme de magnitude 5,2 près de la frontière entre le Népal et la Chine.
Le géomorphologue Daniel Shugar, professeur associé à l’université de Calgary, a analysé les images satellite de Planet Labs : un bloc de glace s’est effondré à la verticale. Il a également relevé un signe troublant. Il a indiqué que certains glaciers de la vallée étaient couverts de neige la veille et que le 26 août 2026 ils étaient pour la plupart en glace nue, ce qui signifie qu’il faisait probablement chaud, précisant n’avoir pas encore consulté de données météo. Selon lui, la construction dans la zone pourrait aussi être en cause.
Le glaciologue Andrew Mackintosh, de l’université Monash de Melbourne, n’exclut pas une origine plus vaste : il évoque la possibilité que tout un versant de montagne se soit effondré, incluant une partie du glacier. Ce type d’événement génère une masse d’eau considérable qui se mêle aux sédiments et s’amplifie en cascade jusqu’à créer l’inondation, a-t-il expliqué.
Il a ajouté que des effondrements glaciaires de cette ampleur sont vraiment choquants et qu’il est difficile, en tant que glaciologue, de ne pas être alarmé, tout en reconnaissant que trop peu de cas documentés existent pour établir un lien précis entre effondrement glaciaire et réchauffement climatique.
En revanche, le lien entre le recul des glaciers et le réchauffement fait, selon lui, l’objet d’une très haute confiance chez les scientifiques. Il rappelle que le pergélisol des montagnes se dégrade sous l’effet du climat, alors qu’il joue le rôle de colle entre la roche et les glaciers sur les pentes les plus raides.
L’Himalaya se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et le Népal a perdu près d’un tiers de sa glace en un peu plus de trente ans, selon l’ONU en 2023. En 2021, un scénario comparable dans l’Uttarakhand, en Inde, avait fait 200 morts ou disparus.
La rivière Lhende Khola n’en est pas à son premier débordement : elle avait déjà connu deux crues en quatorze mois.


