Synabio, le syndicat national des entreprises agroalimentaires biologiques, célèbre ses 50 ans en présentant quatre propositions aux candidats à la présidentielle 2027 pour faire du bio un modèle alimentaire dominant. Transparence tarifaire, reconnaissance sanitaire, encadrement publicitaire et défense du cadre européen structurent ce plaidoyer porté par 204 entreprises représentant 5 milliards d’euros et 14.000 emplois.
Des propositions pour faire vraiment décoller le bio
À l’aube de l’élection présidentielle 2027, le Synabio pose ses conditions pour faire du bio un modèle alimentaire dominant. Plus concrètement, le syndicat souhaite porter la part de marché du bio de 5,8% aujourd’hui à 12% en 2030, puis 20% en 2040. Derrière ces chiffres, 204 entreprises représentant 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 14 000 emplois directs attendent des signaux politiques forts. « Le bio n’est ni un mouvement politique ni une niche : c’est déjà une filière industrielle française mature et stratégique », affirme Thomas Breuzet, le président de Synabio.
L’organisation déploie une feuille de route stratégique adressée aux candidats de la présidentielle 2027. Quatre propositions structurent ce plaidoyer, conçu pour ancrer le bio comme référence alimentaire nationale. Louis Pinot de Villechenon, délégué général du Synabio, résume l’enjeu : « Le bio ne protège pas de tout, mais il protège l’essentiel. Le soutenir, c’est passer de la réparation à la prévention ».
Le contexte économique justifie cette mobilisation. Les entreprises du secteur subissent un ciseau tarifaire violent : +3,1% de hausse réelle des coûts contre seulement +1,6% de revalorisations obtenues en grande distribution. Un écart de 1,5 point qui érode les marges et freine les investissements. Pourtant, la consommation bio a progressé de +3,6% en volume en 2025, preuve d’une demande résiliente malgré les crises.
Proposition 1 : Accélérer la progression du bio en distribution
Premier axe, la transparence des négociations commerciales. Le Synabio réclame un suivi régulier des discussions tarifaires 2027 et des indicateurs adaptés aux coûts spécifiques du bio, notamment face aux sécheresses récurrentes. L’objectif : garantir une juste rémunération des producteurs et transformateurs, condition sine qua non pour maintenir l’offre. Les déréférencements survenus lors des crises précédentes ont fragilisé la présence en rayon. Reconquérir cette visibilité exige des règles du jeu équitables entre distributeurs et fournisseurs.
Proposition 2 : Construire une vision globale de la qualité alimentaire
Le Synabio plaide pour une reconnaissance politique du bio comme levier de prévention sanitaire. Actuellement, 8% des soutiens publics agricoles bénéficient au bio, contre 80% pour le conventionnel. Un déséquilibre que le syndicat juge incompatible avec les attentes sociétales : d’après le Baromètre 2026 de l’Agence Bio, 87% des Français souhaitent manger sain. Intégrer le bio dans une stratégie nationale de santé publique permettrait de rééquilibrer les financements et d’orienter la recherche vers des pratiques agricoles régénératives.
Proposition 3 : Encadrer la publicité alimentaire pour protéger les consommateurs
Troisième mesure, l’encadrement de la publicité. Thomas Breuzet cite des exemples européens : « La France a choisi d’agir sur la publicité pour l’ultra-fast fashion. Le Royaume-Uni encadre celle de certains aliments moins favorables à la santé. Les exemples montrent qu’une volonté politique peut faire évoluer les règles. Nous demandons cette même ambition pour l’alimentation ». Le Synabio propose de limiter la promotion des produits ultra-transformés pour favoriser une offre alimentaire de qualité, dont le bio constitue un pilier.
Proposition 4 : Défendre les garanties du bio au niveau européen
Enfin, le Synabio insiste sur la stabilité du cadre réglementaire européen. Le label bio repose sur des règles publiques strictes, garantes de la confiance des consommateurs. Toute déréglementation menacerait la crédibilité de la filière et découragerait les investissements de long terme. La Maison de la Bio, dont le Synabio est membre fondateur, co-porte cette exigence de maintien des garanties face aux tentations de flexibilisation.
Les entreprises agroalimentaires doivent anticiper les changements
Ces propositions dessinent un paysage concurrentiel en mutation. Les entreprises agroalimentaires, qu’elles soient spécialisées bio ou en transition, doivent intégrer plusieurs paramètres stratégiques. D’abord, la transparence tarifaire renforcée modifiera les rapports de force en négociation commerciale. Les acteurs devront documenter précisément leurs structures de coûts pour justifier leurs demandes de revalorisation. Ensuite, le rééquilibrage des soutiens publics vers le bio orientera les choix d’investissement : R&D, conversion des sites de production, certification.
L’encadrement publicitaire, s’il se concrétise, redistribuera les budgets marketing. Les marques devront privilégier la pédagogie sur la qualité plutôt que le volume promotionnel. Enfin, la défense du cadre européen sécurise les acteurs déjà engagés dans le bio, mais freine les stratégies de « bio light » qui cherchent à capter la demande sans respecter l’intégralité du cahier des charges.
Enjeux réglementaires et compétitifs pour 2027
L’élection présidentielle 2027 constituera un test décisif. Les candidats devront arbitrer entre soutien à l’agriculture conventionnelle et transition vers des modèles durables. Le Synabio mise sur la convergence entre impératifs sanitaires (réduction des pesticides), climatiques (moindre dépendance aux intrants importés) et économiques (création d’emplois non délocalisables). La consommation bio a triplé en quinze ans, démontrant une dynamique de marché solide. Reste à savoir si les pouvoirs publics accompagneront cette croissance ou la freineront par manque de vision stratégique.
Pour les dirigeants et responsables RSE, l’enjeu dépasse le seul secteur alimentaire. Le bio incarne un modèle d’entreprise où rentabilité rime avec externalités positives : régénération des sols, préservation de la biodiversité, santé des consommateurs. Les quatre propositions du Synabio tracent une feuille de route politique, mais aussi managériale. Elles invitent les entreprises à anticiper un cadre réglementaire plus contraignant sur la qualité, plus transparent sur les prix, plus exigeant sur la communication. Celles qui s’y préparent dès maintenant prendront un avantage compétitif durable. L’adaptation stratégique face aux mutations environnementales devient un impératif de survie, au-delà du seul discours RSE.




