Un pâturage abandonné au Costa Rica s’est transformé en forêt grâce à 12 000 tonnes d’écorces d’agrumes

Douze mille tonnes d’écorces d’orange déversées sur un pâturage mort, un procès qui stoppe tout, et seize ans plus tard, une forêt surgit là où personne ne regardait plus.

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Un pâturage abandonné au Costa Rica s'est transformé en forêt grâce à 12 000 tonnes d'écorces d'agrumes
Un pâturage abandonné au Costa Rica s’est transformé en forêt grâce à 12 000 tonnes d’écorces d’agrumes © RSE Magazine

Un champ de pâturage épuisé, recouvert à la fin des années 1990 de 12 000 tonnes d’écorces d’oranges, s’est mué seize ans plus tard en une forêt dense et méconnaissable. Comparé aux terrains voisins restés sans traitement, le site présentait des sols plus riches, une bien plus grande diversité d’arbres et une biomasse aérienne supérieure de 176 %, selon une étude publiée dans la revue Restoration Ecology et rapportée par le média Clarin.

L’expérience s’est déroulée dans l’Área de Conservación Guanacaste, une zone protégée du Costa Rica. Le projet est né d’un accord entre les écologues Daniel Janzen et Winnie Hallwachs et une entreprise productrice de jus : en échange de la cession de terres destinées à agrandir l’aire protégée, l’entreprise a obtenu l’autorisation de déverser ses déchets organiques sur trois hectares de pâturage dégradé. Douze mille tonnes d’écorces et de pulpe d’orange ont ainsi été livrées en 1 000 voyages.

Le début n’avait rien d’engageant. Le site s’est transformé en un amas de matière humide en putréfaction, envahi d’insectes. Mais en quelques mois seulement, ce chaos organique a laissé place à une terre noire et riche, capable à nouveau de retenir l’humidité et les nutriments.

L’initiative a pourtant été stoppée net. Une entreprise concurrente a porté plainte, jugeant inapproprié ce déversement de déchets industriels dans une zone protégée. La Cour suprême du Costa Rica a tranché contre l’accord, mettant fin au programme. Plus aucune écorce n’a été livrée par la suite, et le site est resté hors du radar scientifique pendant seize ans.

Un figuier géant et un panneau disparu sous les lianes

C’est en 2013 que l’écologiste Timothy Treuer, de l’université de Princeton, s’est rendu sur place pour un travail de terrain sans lien direct avec le projet. Il a alors tenté de retrouver l’ancienne parcelle expérimentale. La tâche s’est révélée plus ardue que prévu : la végétation était devenue si dense qu’il lui a fallu plusieurs visites pour identifier les limites originales du terrain.

Un panneau de deux mètres de long, aux lettres jaunes vives, installé pour marquer le site, avait totalement disparu, enseveli sous des lianes et une jeune forêt qui n’existait pas au moment de l’intervention initiale. Un figuier géant se distinguait désormais parmi le feuillage, preuve que la régénération avait progressé bien plus vite que sur n’importe quel pâturage laissé à l’abandon sans traitement.

Les chercheurs avancent plusieurs pistes pour expliquer ce résultat, sans trancher entre elles. L’épaisse couche d’écorces en décomposition aurait étouffé les graminées envahissantes qui dominent habituellement les terrains dégradés et empêchent l’installation des arbres natifs. La matière organique aurait aussi enrichi la structure du sol et stimulé les micro-organismes, recréant un environnement souterrain plus sain.

Selon les écologues, la clé n’a pas été la simple présence des écorces, mais la façon dont elles ont dégagé la voie pour que la végétation locale reprenne le dessus sur l’herbe compactée.

David Wilcove, également chercheur à Princeton, a souligné, dans un communiqué officiel, que ce résultat démontre la valeur des alliances entre entreprises et secteur environnemental, tout en appelant à une évaluation rigoureuse avant toute réplication dans d’autres contextes. Treuer, lui, a qualifié ce cas, dans le même communiqué, d’un des rares cas où une capture de carbone significative peut être obtenue à coût négatif.

Trois hectares de terre stérile, douze mille tonnes de déchets d’agrumes, et une forêt qui a repoussé sans qu’aucun scientifique ne surveille le processus pendant seize ans.

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