Des scientifiques américains ont versé 16 500 gallons (environ 62 460 litres) de lessive de soude diluée dans le golfe du Maine, aux États-Unis, en août 2025. Le mélange, associé à un colorant rose vif destiné à suivre le déplacement de l’eau traitée, a fait apparaître un panache visible à la surface. L’hydroxyde de sodium utilisé était de haute pureté, précisent les chercheurs, et non de l’eau de Javel domestique.
L’opération, menée par des chercheurs de la Woods Hole Oceanographic Institution, constitue la première expérience d’amélioration de l’alcalinité océanique en eau libre menée sous permis fédéral aux États-Unis. Le site traité se trouvait à environ 38 miles au large des côtes. Le relargage a duré 6 heures, la substance étant progressivement diluée dans l’eau de surface.
Pendant l’opération, des mesures ont brièvement dépassé les seuils de pH autorisés, ce qui a conduit l’équipe à ajuster le débit de la substance relâchée. Un observateur d’espèces protégées surveillait par ailleurs la zone et pouvait interrompre les opérations en cas d’apparition d’animaux protégés à proximité.
Le panache suivi pendant cinq jours
Un second navire a accompagné le déplacement de l’eau traitée, repérable grâce à la rhodamine, un colorant qui reste détectable à de faibles concentrations longtemps après avoir disparu à l’œil nu. Des capteurs mesuraient le pH, l’alcalinité, le dioxyde de carbone dissous, la température et la salinité, complétés par des véhicules sous-marins, des instruments dérivants, des drones et des images satellite.
Le panache a pu être suivi pendant environ 5 jours, selon la Woods Hole Oceanographic Institution. Son déplacement a étroitement correspondu aux prévisions informatiques, et le pH de l’eau de mer comme les niveaux de traceur sont revenus à leur niveau de référence dans les délais attendus.
Les chercheurs n’ont trouvé aucune différence significative entre l’intérieur et l’extérieur du panache traité sur les paramètres examinés : bactéries, phytoplancton, chlorophylle, zooplancton, larves de poissons et larves de homard. L’équipe n’a en revanche pas mesuré directement les effets sur des animaux plus grands ou sur les niveaux supérieurs de la chaîne alimentaire ; les conséquences potentielles sur les pêcheries doivent encore être modélisées.
Des résultats préliminaires publiés en février 2026 concluent que l’essai a été contrôlable et mesurable, sans pour autant trancher la question de la sécurité ou de la faisabilité de la méthode à une échelle susceptible d’influencer le climat. Adam Subhas, chef de projet, insiste sur ce point : selon lui, les petits déploiements peuvent être conçus, suivis et surveillés avec une grande précision.
Le permis fédéral a été obtenu après plus d’un an de révision et deux périodes de consultation publique totalisant 75 jours. Les consultations menées par l’Agence de protection de l’environnement ont conclu qu’aucun effet significatif n’était attendu sur les populations, les écosystèmes marins et les autres usages de l’océan du fait de ce petit essai.
L’équipe a par ailleurs mené plus de 50 activités de sensibilisation auprès de pêcheurs, de représentants tribaux, de régulateurs et d’acteurs industriels.
Le choix du golfe du Maine n’est pas anodin. La région abrite des pêcheries de crustacés et de coquillages économiquement importantes, dans une eau dont la chimie se transforme sous l’effet du changement climatique. Une étude publiée dans Scientific Reports a montré que des changements de circulation océanique ont récemment protégé le golfe de la tendance à l’acidification attendue, mais cette protection pourrait ne pas durer.




