Le 4 août 2026, le Tribunal du travail de Turin a marqué une avancée significative dans la redéfinition des obligations des plateformes numériques. Glovo, leader de la livraison à domicile, a été contraint de fournir des équipements de sécurité à ses livreurs, tels que des chaussures antidérapantes, des vêtements adaptés, des lieux de repos et un accès gratuit aux toilettes. La sentence, devenue définitive le 20 août, n’est toujours pas appliquée par l’entreprise, soulevant des questions sur l’efficacité des institutions face aux multinationales de la gig economy.
La sentence de Turin : une redéfinition des responsabilités patronales
Le recours de Stanley Ibharoga, livreur nigérian de 35 ans pour Glovo depuis 2019, a créé un précédent. Parcourant quotidiennement jusqu’à 80 kilomètres à vélo par fortes chaleurs, Ibharoga a porté plainte après un malaise en juin 2026. Son avocate, Giulia Druetta, a démontré les manquements structurels de l’entreprise en matière de sécurité, comme le rapporte Il Fatto Quotidiano.
Le tribunal a jugé que la responsabilité de la sécurité des livreurs incombait à l’employeur, même lorsque les travailleurs sont considérés comme autonomes. Basée sur le droit du travail italien, la décision impose à Glovo de fournir des équipements contre les températures élevées, reconnaissant ainsi un lien de subordination. Giulia Druetta a déclaré : « Cette sentence réaffirme que la sécurité des riders doit être assurée par l’employeur et que les riders ne peuvent être laissés sans protection. »
Implications pour la gouvernance des plateformes numériques
La décision de Turin s’inscrit dans un contexte juridique visant à redéfinir les standards de responsabilité sociale des plateformes. Elle suit le décret Meloni de mai 2026, établissant une présomption de subordination pour les travailleurs des plateformes numériques. Environ 40 000 livreurs de Glovo en Italie pourraient être concernés par ce cadre réglementaire.
Le décret de mai 2026 impose aux plateformes de prouver l’autonomie de leurs travailleurs, sous peine de les considérer comme salariés. Le tribunal de Turin a appliqué ce principe en reconnaissant que l’organisation du travail par algorithme et les contraintes imposées témoignent d’une subordination. Stanley Ibharoga a déclaré : « Je n’ai pas fait recours seulement pour moi mais pour tous les riders. Nous espérons que l’entreprise s’adaptera. » Cependant, Glovo menace de quitter le marché italien plutôt que de transformer ses livreurs en salariés.
Le défi de l’application : entreprises et décisions judiciaires
Six jours après que la sentence soit devenue officielle, Glovo n’a toujours pas équipé ses livreurs. Le syndicat Slang Usb critique : « Glovo agit comme si elle était au-dessus des lois et des décisions italiennes. »
Le refus d’application met en lumière les lacunes des mécanismes de contrôle. Bien que la sentence soit exécutoire, aucune sanction automatique n’est prévue en cas de non-respect. L’Inspectorat du travail doit d’abord constater l’infraction pour entamer des poursuites. En attendant, les 40 000 livreurs italiens restent sans protection. La Stampa rapporte que plusieurs juristes demandent des astreintes journalières automatiques pour garantir le respect des décisions judiciaires par les plateformes.

