En juin 2026, un titre intriguant a circulé, comme par exemple sur le site Les Numériques : Google prévoit de relâcher 64 millions de moustiques porteurs d’une bactérie pour freiner la prolifération de ces insectes et réduire les maladies qu’ils transmettent, un projet de lâcher de moustiques similaire à celui mené en Autriche. Ce projet, à la fois ambitieux et débattu, pourrait changer notre façon de lutter contre les moustiques.
Un projet à grande échelle : Debug
Google LLC, depuis son siège à Mountain View, a déposé la demande de relâchement auprès de l’EPA (Environmental Protection Agency) en mai 2026, sollicitant l’autorisation de relâcher jusqu’à 16 millions de moustiques mâles par an et par État, en Californie et en Floride. Ce chantier, porté par la branche sciences de la vie d’Alphabet, Verily, porte le nom de « Debug ».
Le procédé repose sur Wolbachia pipientis, une bactérie que l’on trouve naturellement chez environ 60 % des espèces d’insectes, une méthode de lutte contre les moustiques qui a montré son efficacité. Lorsqu’un mâle infecté s’accouple avec une femelle sauvage non infectée, les œufs deviennent non viables. À noter que ces moustiques mâles ne piquent pas et ne transmettent donc aucune maladie, et que Wolbachia est sans danger pour les humains et les autres animaux.
Des démarches administratives et scientifiques bien encadrées
La publication du projet dans le Federal Register a lancé une période de consultation publique qui a pris fin le 5 juin 2026, sans décision finale de l’EPA à ce jour. Le classement de Wolbachia comme « pesticide chimique » au titre du Federal Insecticide, Fungicide, and Rodenticide Act (FIFRA) implique une procédure d’autorisation stricte. Malgré cela, l’intérêt pour cette méthode est renforcé par les résultats d’un essai clinique publié en février 2026.
Cet essai, mené à Singapour et portant sur plus de 700 000 résidents, montre une réduction de 70 % du risque de dengue symptomatique et une chute marquée des populations de moustiques femelles Aedes aegypti.
Une approche nouvelle contre un problème mondial
Depuis les années 1980, les recherches sur l’incompatibilité cytoplasmique induite par Wolbachia ont ouvert la voie à ce type d’intervention. Les premiers essais de Debug, réalisés en 2017 à Fresno pour cibler le moustique Aedes aegypti, ont déjà montré une efficacité intéressante. Le projet actuel vise l’espèce Culex quinquefasciatus, principal vecteur du virus du Nil occidental aux États-Unis, avec environ 2 000 cas observés chaque année.
Debug s’inscrit dans une dynamique mondiale : des initiatives similaires ont été menées au Brésil, en France et à Singapour, où l’on prévoit de couvrir plus de 50 % des foyers d’ici fin 2026. En France, où le moustique tigre a colonisé la quasi-totalité du territoire, la technique pourrait compléter les programmes déjà en place pour contrer la prolifération du moustique-tigre.




