Aucune parcelle agricole testée en Europe, France comprise, n’échappe à la présence de microplastiques dans ses sols. C’est la conclusion centrale d’une vaste étude menée sur le terrain, qui balaie l’idée d’une pollution circonscrite à quelques zones industrielles ou maraîchères.
5 ans d’enquête sur 227 champs européens
Le projet européen MINAGRIS, piloté par l’université de Wageningen et soutenu par le programme Horizon Europe, a présenté ses conclusions finales le 16 septembre 2026 à Bruxelles, au terme de 5 années de recherches. Les scientifiques ont passé au crible 227 champs répartis dans 11 pays, de l’Estonie jusqu’à l’Espagne : il s’agit de la plus vaste cartographie jamais réalisée sur ce sujet à l’échelle européenne. Un microplastique y est défini comme une particule mesurant moins de 5 millimètres.
Les fermes européennes utilisent chaque année plusieurs centaines de milliers de tonnes de films agricoles en plastique, une pratique qui laisse des traces durables dans les sols. La pollution garde parfois la marque d’anciens usages autant que de pratiques encore en cours : des traces de plastique peuvent subsister plusieurs années après l’arrêt de tout apport.
En Suisse, les terrains les plus riches en particules issues de l’usure des pneus contenaient aussi davantage de métaux et de substances toxiques.
Un effet cheval de Troie pour bactéries et pesticides
Les microplastiques ne se contentent pas de s’accumuler : ils transportent aussi pesticides, bactéries et gènes résistants aux antibiotiques. Plus une particule est petite, plus sa capacité à retenir ces éléments est grande ; certains fragments ne mesurent que quelques millièmes de millimètre. Une communauté vivante se développe à leur surface, que les chercheurs appellent la « plastisphère ».
Edoardo Puglisi, professeur de microbiologie à l’Université catholique du Sacré-Cœur de Piacenza, y observe davantage de gènes résistants aux antibiotiques que sur des terrains témoins, un écart accentué par la présence de pesticides. La proximité des bactéries sur ces surfaces favorise les échanges de matériel génétique entre elles.
Ce constat se vérifie pour chaque type de polymère examiné. Les vers de terre, qui jouent un rôle majeur dans l’organisation de la vie microbienne du sol, subissent la même pression.
Chez la laitue, une forte concentration en microplastiques a réduit la surface des feuilles et leur teneur en chlorophylle. La photosynthèse en a pâti, et la masse végétale a reculé dans une proportion comparable.
Même les plastiques présentés comme biodégradables finissent, une fois enfouis, par se fragmenter en microparticules. Leur vitesse de décomposition dépend de la température, de l’humidité et de l’activité biologique du sol, des paramètres jamais garantis en plein champ.
Esperanza Huerta Lwanga, chercheuse en physique des sols à l’université de Wageningen, souhaite un suivi standardisé du plastique agricole et demande que chaque fabricant indique la composition exacte de ses matériaux. MINAGRIS fournit déjà des outils pour ce type de suivi. La réglementation actuelle encadrant le plastique dans l’eau et les aliments ne couvre toujours pas les sols agricoles.
Face à une pollution qui échappe aux filtres classiques, une autre équipe s’attaque au problème par un autre bout. Des chimistes tchèques ont mis au point des microrobots capables de dépolluer l’eau et la terre, en allant chercher les particules directement dans le milieu plutôt qu’en filtrant celui-ci. Leurs travaux ont été publiés le 1ᵉʳ août 2026 dans la revue NPG Asia Materials, du groupe Nature.
Dans un sol, les fragments de plastique se glissent entre les grains minéraux et la matière organique, s’y accrochent et n’en repartent pas.





