Des scientifiques ont décongelé un animal piégé dans le permafrost sibérien depuis 24 000 ans : il s’est réveillé et a commencé à se reproduire

Congelé 24 000 ans, cet animal microscopique s’est réveillé… et a recommencé à se reproduire. Un record qui pulvérise tout ce que la science croyait possible sur la survie du vivant. Les chercheurs eux-mêmes n’en reviennent toujours pas.

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Des scientifiques ont décongelé un animal piégé dans le permafrost sibérien depuis 24 000 ans : il s'est réveillé et a commencé à se reproduire
Des scientifiques ont décongelé un animal piégé dans le permafrost sibérien depuis 24 000 ans : il s’est réveillé et a commencé à se reproduire © RSE Magazine

Un organisme multicellulaire microscopique, un rotifère bdelloïde, est revenu à la vie après avoir passé 24 000 ans congelé en Sibérie, selon une étude scientifique. L’animal a été déterré du fleuve Alazeïa, dans l’Arctique russe, par une équipe de chercheurs qui ont foré le sol resté gelé de façon permanente pendant de nombreuses années.

Une fois remonté à la surface, l’échantillon de permafrost a été dégelé très lentement en laboratoire. Le rotifère a alors repris une activité biologique normale et s’est mis à se reproduire par parthénogenèse, une reproduction asexuée sans intervention de mâles.

La datation au radiocarbone a établi l’âge du spécimen entre 23 960 et 24 485 ans. L’étude, intitulée « A living bdelloid rotifer from 24,000-year-old Arctic permafrost », a été publiée le lundi 7 juin 2021 dans la revue Current Biology. Ces résultats ont ensuite été relayés dans un article paru le 16 avril 2026, revenant sur cette découverte.

Stas Malavin, chercheur principal de l’étude, rattaché à l’Institut russe des problèmes physico-chimiques et biologiques en science du sol, a résumé la portée du travail dans un entretien accordé à la Press Association, expliquant que ce rapport constitue la preuve la plus solide à ce jour que des animaux multicellulaires peuvent résister à des dizaines de milliers d’années en cryptobiose, cet état de métabolisme presque totalement arrêté.

Le chercheur y voit le rêve de nombreux auteurs de fiction, tout en rappelant que plus un organisme est complexe, plus il est difficile de le préserver vivant congelé, et que pour les mammifères, ce n’est actuellement pas possible.

Un record qui pulvérise les dix ans connus jusque-là

Avant cette découverte, les recherches précédentes indiquaient que ces organismes pouvaient survivre congelés jusqu’à dix ans seulement. La nouvelle étude suggère qu’ils pourraient tenir des milliers d’années, voire indéfiniment. Pour vérifier le mécanisme, les scientifiques ont congelé puis décongelé des dizaines de rotifères en laboratoire. Selon Malavin, il reste néanmoins nécessaire de comprendre plus précisément comment l’organisme a réussi cet exploit.

Le phénomène en cause s’appelle la cryptobiose : le métabolisme s’arrête presque totalement, ce qui permet à l’animal de traverser des environnements normalement fatals, froid extrême, déshydratation, absence d’oxygène. Un comportement similaire a déjà été observé chez des organismes unicellulaires et certains animaux simples, mais le cas du rotifère est notable parce que cette créature possède des structures internes plus complexes, dont un système digestif.

Sa reprise d’activité n’a pas été une anomalie brève : elle s’est maintenue dans le temps, ce qui laisse penser que ses structures cellulaires sont restées intactes malgré des millénaires passés à l’état gelé.

Les rotifères bdelloïdes forment une classe que l’on trouve dans les eaux douces du monde entier. Leur nom vient du latin et signifie porteur de roue. Ils comptent parmi les animaux les plus résistants aux radiations sur Terre, selon le New York Times, qui souligne également leur capacité à endurer un faible taux d’oxygène, la famine, une forte acidité et des années de déshydratation. Ces créatures ont développé des techniques d’autoréparation qui leur permettent de redevenir normales dès que l’environnement s’améliore.

D’autres cas d’organismes multicellulaires revenus à la vie après des milliers d’années ont été rapportés, notamment un ver nématode ainsi que certaines plantes et mousses. Mais le passage d’un organisme unicellulaire à un animal doté d’un intestin, aussi microscopique soit-il, reste présenté comme une avancée notable dans la compréhension de la façon dont les cellules évitent les dommages causés par les cristaux de glace, les radiations et le temps.

Les scientifiques s’interrogent depuis longtemps sur les limites de l’animation suspendue, en particulier dans le cadre des voyages spatiaux de longue durée. Cette découverte ne rapproche pas la cryoconservation humaine de la réalité, mais elle élargit les bases scientifiques permettant d’explorer ces questions, avec des applications possibles en cryobiologie, pour améliorer la conservation de cellules et de tissus, et en astrobiologie, pour évaluer si d’autres formes de vie pourraient survivre enfouies dans la glace, éventuellement sur une autre planète.

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