« Vu qu’il y a moins d’herbe et une herbe de piètre qualité, elles produisent moins », observe Cédric Barras, fromager dans la vallée du Motélon, dans un entretien accordé au journal La Liberté. À l’alpage des Groins, chacune de ses 30 vaches donne désormais environ trois litres de lait de moins par jour.
La sécheresse abîme les pâtures, et les bêtes, soumises au stress thermique, en paient le prix. Pour compenser le manque d’herbe, les producteurs doivent acheter davantage de fourrage, alors que son prix grimpe. À l’alpage des Groins, les réserves prévues pour l’hiver sont déjà entamées.
L’année la plus difficile pour les bêtes
Le phénomène ne se limite pas à la montagne. Chez Cremo, les livraisons de lait ont reculé d’environ 10 %. À la laiterie de Belfaux, la baisse atteint près de 15 %, même si les bons rendements du printemps permettent pour l’heure d’en limiter les effets.
À la chaleur s’ajoute un autre problème, sanitaire cette fois. Une maladie touche actuellement de nombreux troupeaux romands, provoquant fièvre et diarrhées. Chez certaines vaches, elle entraîne des chutes temporaires de production pouvant atteindre 30 %.
Pour plusieurs agriculteurs, la combinaison entre sécheresse, canicule et problèmes sanitaires fait de 2026 l’une des années les plus difficiles de ces dernières décennies.
Cette accumulation de facteurs pèse directement sur les volumes de fromage. Le président de l’Interprofession du gruyère, Pierre-Ivan Guyot, s’attend à une diminution d’environ 10 % de la production de gruyère d’alpage. Les quotas de production avaient déjà été réduits avant même cette baisse liée à la sécheresse, dans le but d’éviter une surabondance sur le marché. Selon l’Interprofession, ces quotas plus serrés devraient toutefois permettre d’équilibrer l’offre malgré le recul attendu.
Du côté du vacherin fribourgeois, l’interprofession anticipe elle aussi un recul de la production durant le second semestre, particulièrement marqué en juillet. Un premier semestre plus favorable devrait cependant permettre de rééquilibrer les volumes sur l’ensemble de l’année.
Au total, la production globale de fromage devrait rester stable, malgré les baisses saisonnières observées à l’alpage comme chez les transformateurs. Les fondues de l’hiver prochain ne sont pas menacées, selon les professionnels de la filière.
À l’alpage des Groins, la chaleur continue de rogner chaque jour un peu plus le rendement des 30 vaches de Cédric Barras.




