Le 22 juillet 2026, le Conseil national de l’Ordre des architectes a annoncé la publication de son rapport « L’IA et les architectes : concilier opportunités et déontologie ». Le texte, daté de mai 2026 et mis en ligne le 21 juillet, répond à des usages déjà présents dans les agences : génération d’images, aide à la conception, analyse d’offres, rédaction de documents et appui à la décision. Cependant, il ne présente pas l’outil comme un simple accélérateur de productivité. Il rappelle surtout que l’architecte conserve son devoir de conseil, sa signature et l’entière responsabilité du résultat. Sous l’angle de la responsabilité sociale, le message est clair : l’innovation n’est acceptable que si sa gouvernance protège toutes les parties prenantes.
IA et architecte : une nouvelle question de gouvernance RSE
Le premier enjeu concerne la responsabilité. « L’intelligence artificielle est un levier d’innovation pour les agences d’architecture, mais elle suppose un cadre clair : l’architecte reste responsable, et la déontologie doit guider chaque usage », déclare Christophe Millet, président du CNOA, dans le communiqué du 22 juillet 2026. En effet, aucun logiciel ne peut assumer à la place du professionnel la qualité d’un plan, la pertinence d’un conseil ou la conformité d’un document. Le rapport précise donc que l’outil doit rester sous contrôle humain effectif. Ainsi, l’architecte doit examiner, corriger et valider les productions avant leur intégration dans une mission. Cette exigence rejoint directement le pilier gouvernance de la RSE : une organisation doit identifier le décideur, documenter les contrôles et empêcher qu’une chaîne automatisée dilue les responsabilités.
L’analyse des offres de travaux rend cette exigence très concrète. Une IA peut comparer des devis, relever des anomalies et évaluer les points forts d’un mémoire technique. Pourtant, ses critères peuvent rester opaques, tandis que ses résultats peuvent reproduire des biais. Le CNOA recommande donc à l’architecte de conduire une analyse classique en parallèle, afin de repérer les écarts et de ne pas laisser l’outil décider seul. Cette double vérification protège le maître d’ouvrage, mais aussi les entreprises candidates. Elle répond aux principes d’objectivité et d’équité inscrits dans le Code de déontologie. Par conséquent, le recours à l’IA devient un sujet de diligence raisonnable : l’architecte doit pouvoir expliquer la méthode, justifier la décision et démontrer que chaque opérateur a été traité selon des critères comparables.
L’architecte face aux risques IA : données, clients et création
Le deuxième chantier touche à la confidentialité. Un architecte peut être tenté de déposer dans un service en ligne des plans, des contrats ou des informations sur un projet sensible. Or, le rapport cite notamment les prisons et les dispositifs industriels pour illustrer les risques liés au secret professionnel. Il distingue les solutions ouvertes et fermées, mais il souligne qu’aucune configuration ne permet d’écarter formellement tout danger. Dès lors, l’agence doit vérifier les conditions d’utilisation, les règles de conservation et la destination des données. De plus, le professionnel doit s’assurer que le contrat de maîtrise d’œuvre n’interdit pas l’usage de l’outil et informer le client lorsque celui-ci intervient dans les prestations. Dans une démarche RSE, cette transparence nourrit la confiance et protège les personnes dont les informations sont traitées.
La propriété intellectuelle constitue un autre point de tension. Une production générative peut reprendre des éléments originaux issus d’œuvres existantes, parfois sans que l’architecte puisse identifier leur provenance. « L’archivage des prompts ayant permis à l’IA de générer l’image et les plans d’un projet est une précaution recommandée pour se défendre contre les accusations de plagiat », indique le rapport de mai 2026. Toutefois, cette traçabilité ne dispense pas le signataire de vérifier les ressemblances ni de documenter les transformations humaines. Le sujet est renforcé par la réforme récente du Code de déontologie : l’article 5 précise qu’un architecte qui n’a pas lui-même établi les plans ne peut être considéré comme leur auteur, même s’il les a supervisés ou validés, selon l’Ordre des architectes d’Île-de-France le 17 juillet 2026. Ainsi, la signature doit correspondre à une implication réelle, tandis que la gouvernance documentaire protège l’agence,
RSE et IA : former chaque architecte et encadrer les équipes
Le troisième axe concerne les collaborateurs. Le CNOA recommande de définir des règles internes, de préciser les outils autorisés et de former les équipes. En effet, un salarié peut engager l’agence en utilisant une solution non approuvée, notamment lorsqu’il transmet des informations confidentielles ou insère une réponse erronée dans un livrable. Le rapport rappelle également que l’architecte ne doit pas confier à l’outil des tâches relevant de domaines qu’il ne maîtrise pas. La compétence demeure donc une obligation professionnelle, mais elle devient aussi un enjeu social de la RSE. Former les salariés permet de réduire les erreurs, d’éviter une adoption clandestine et de partager une culture commune du contrôle. Par ailleurs, l’agence doit limiter le risque de créer une fracture entre quelques utilisateurs expérimentés et des collaborateurs laissés sans accompagnement.
Cette gouvernance doit s’appliquer à une profession structurée autour de 30 500 architectes, 12 000 sociétés d’architecture et 17 conseils régionaux, selon le rapport du CNOA. Pourtant, les documents consultés ne chiffrent ni l’empreinte énergétique des outils utilisés ni leurs effets sur l’organisation du travail. Leur approche RSE se concentre donc surtout sur l’éthique, la gouvernance, les compétences, la concurrence loyale et la protection des parties prenantes. Pour une direction RSE, ce cadrage constitue une base, mais non un dispositif ESG complet. Il resterait notamment à définir des critères d’achat responsable, à mesurer les usages numériques, à interroger les fournisseurs sur leurs infrastructures et à suivre les conséquences sur les métiers. Pour l’architecte, ces indicateurs compléteraient la seule conformité déontologique. Le rapport fournit néanmoins une règle de gestion directement applicable : « L’IA doit être considérée comme un outil d’aide à la conception, à l’analyse ou à la production, placé sous le contrôle effectif de l’architecte, qui conserve la maîtrise des choix opérés », selon le CNOA en mai 2026.
