Les forêts de laminaires, ces étendues impressionnantes d’algues brunes qui bordent nos côtes, jouent un rôle fondamental dans la préservation de la vie marine. Pourtant, ces dernières années, elles se prennent la claque à cause du réchauffement climatique, ce qui menace l’équilibre écologique et économique des zones littorales. Leur disparition pourrait entraîner de vraies galères pour la biodiversité marine et pour les populations locales qui en dépendent.
Un havre sous-marin pour la vie marine
Les laminaires, qui peuvent atteindre plusieurs mètres de long, forment une sorte de canopée sous-marine qui abrite toute une ribambelle d’espèces : crabes, ormeaux, oursins et même de petits poissons comme le lieu jaune y trouvent refuge. Ces algues créent aussi un microclimat marin en tempérant les vagues et en modulant la lumière, conditions indispensables au bon développement des espèces.
Dominique Davoult, professeur émérite à la station biologique de Roscoff, compare ces formations à une forêt terrestre en disant : « C’est comme une forêt, elles forment ce qu’on appelle une canopée ». Néanmoins, l’augmentation des températures océaniques et des précipitations, qui rend l’eau plus trouble et nuit à la photosynthèse, met sérieusement en péril ces refuges naturels.
Un danger qui grandit avec la hausse des températures
Dans l’Atlantique Nord, le réchauffement fait reculer progressivement les forêts de laminaires. Des études montrent en effet que ces algues brunes sont particulièrement sensibles aux étés plus chauds. En 2023, plusieurs milliers de tonnes de biomasse d’algues ont disparu dans la mer d’Iroise sans qu’on ne trouve d’explication claire. Martin Marzloff et son équipe de l’Ifremer ont relevé cette tendance inquiétante sur le champ de laminaires de l’archipel de Molène.
Les températures dépassant 18 °C mettent les laminaires sous un stress thermique sévère, rendant leur reproduction difficile, voire impossible. Cette situation a déjà provoqué des disparitions locales notables :
- Laminaria hyperborea a disparu du sud de la Bretagne ;
- Laminaria digitata se fait rares dans les Hauts-de-France et en Normandie ;
- et même Laminaria ochroleuca, malgré sa tolérance aux eaux plus chaudes, voit son territoire rétréci au Pays basque et dans le nord de l’Espagne.
Des répercussions sur la mer et l’économie
La disparition progressive des laminaires appauvrit le milieu marin. Sandrine Derrien-Courtel explique à France 3 que « lorsque l’habitat disparaît, le milieu s’appauvrit : les pêcheurs constatent que là où les champs de laminaires se sont effacés, ils ne trouvent plus autant de crustacés ou de poissons ». Cette perte se ressent directement dans la chaîne alimentaire et diminue les prises halieutiques.
Sur le plan économique, le déclin de ces algues pèse lourdement sur l’industrie locale. Par exemple, dans le Finistère, une trentaine de navires goémoniers dépendent de la récolte d’algues pour vivre. Pascal Treguer souligne que « l’algue ne se développe plus autant », raccourcissant ainsi la saison de récolte et réduisant la taille des plants disponibles.








