Près du port serbe de Prahovo, le recul des eaux du Danube a mis à découvert des coques rongées par la rouille et des mâts métalliques à moitié engloutis depuis des décennies. Ces vestiges appartiennent à la flotte de la mer Noire, sabordée délibérément par les Allemands en septembre 1944.
Une vague de chaleur extrême touche l’hémisphère nord et a fait chuter le débit du fleuve à des niveaux historiquement bas. Le phénomène a exposé, dans plusieurs pays traversés par le Danube, des vestiges militaires et archéologiques restés invisibles depuis longtemps.
Un danger encore actif pour la navigation
À l’automne 1944, les commandements de la Kriegsmarine avaient ordonné le sabordage de leur flotte pour éviter qu’elle ne tombe entre les mains de l’Armée rouge, alors en pleine avancée vers les Balkans. Jusqu’à 200 navires marchands, remorqueurs et péniches auraient été volontairement envoyés par le fond, formant un obstacle submergé destiné à freiner la remontée du fleuve par les troupes ennemies.
Plus de huit décennies plus tard, ce mur naval improvisé continue de gêner le trafic commercial. Une partie des épaves contient toujours des tonnes de munitions et d’explosifs, ce qui rend leur simple présence dangereuse pour les bateaux qui circulent encore sur le fleuve. Krsta Brandic, un habitant de la zone, a confirmé que le trafic des embarcations de grand tonnage est pratiquement à l’arrêt, rapporte le magazine LaVoz.
Un chantier lancé avec la Banque européenne d’investissement
Ce blocage coûte cher à la Serbie : les retards de navigation qu’il provoque représentent environ 5 millions d’euros de pertes économiques chaque année. Les autorités serbes ont donc lancé un plan de nettoyage du lit du fleuve, en collaboration avec la Banque européenne d’investissement.
Le travail s’annonce long et risqué. Des plongeurs doivent inspecter chaque zone dans des eaux extrêmement troubles, avant que des pompes spécialisées n’évacuent des tonnes de boue accumulée sur les épaves. Selon les cas, les équipes remorquent les navires les plus accessibles ou choisissent d’enterrer définitivement ceux dont le retrait présenterait un danger inacceptable.
L’ambassadeur de l’UE en Serbie, Emanuele Giaufret, a souligné que ce chantier compte aussi pour l’Agenda vert européen, car il doit permettre de faire basculer une partie du transport routier vers la voie fluviale. La sécheresse actuelle, qui pèse par ailleurs lourdement sur l’agriculture et le transport dans plusieurs pays, offre paradoxalement une fenêtre inédite pour mener ces travaux.
Le fleuve traverse dix pays, et les basses eaux y produisent des découvertes de nature très différente. Près de la ville de Ruse, en Bulgarie, le lit asséché du Danube a livré des restes osseux d’un mammouth laineux ayant vécu durant l’ère glaciaire.
Nikolay Nenov, directeur du Musée régional d’histoire local, a détaillé les fragments retrouvés : une mâchoire, des défenses, une omoplate et un fémur, appartenant vraisemblablement à un spécimen jeune. Les ossements, concentrés au même endroit et en bon état de conservation, correspondent à un type de découverte qui ne survient que lorsque les dépôts alluviaux baissent de façon drastique.
La chaleur a aussi ses conséquences loin du Danube. Dans le sud-ouest de la France, à Le Porge, des incendies de forêt liés à la canicule ont exposé plus de 400 projectiles datant de la Seconde Guerre mondiale, parmi lesquels des mortiers et des projectiles antichar. Les autorités ont dû boucler des zones résidentielles pour mener des opérations de déminage, en raison du risque d’explosions. Les pièces récupérées seront détruites sur des terrains militaires.




