Pensez-vous que le débat d’idées sur internet soit contre-productif ?
En effet, cette ère internet des débats enflammés a une finalité bien particulière. Ce qui va provoquer la colère, déchaîner les passions sur internet ce sont des images fortes. Ce sont ces posts d’une photographie ou d’un dessin en dessous desquels les commentaires s’enchaînent. Ces images-là restent ancrées dans la mémoire collective. Elles sont fortes et souvent très éloquentes. Elles seront, aux yeux de l’histoire, la représentation légitime des faits.
Mais il s’agirait, à présent, de penser la légitimité au sens large. En réalité, une véritable forme de souveraineté numérique a émergé. Les citoyens ont une confiance toute relative dans leurs représentants qu’ils ont pourtant élus. Cette légitimité donnée par l’élection est de moins en moins forte alors que celle qui est conférée par les médias de façon générale est moins règlementée. Ces médias tendent à s’approprier indirectement le pouvoir jusqu’alors réservé aux institutions judiciaires exécutives ou représentatives.
La légitimité télévisuelle ou cathodique ne peut, cependant pas réellement prendre la place de celle qui est au pouvoir depuis bien des années. Le débat d’idées sur internet ne peut donc pas être complètement contre-productif. Il est détenteur d’une force importante puisqu’il a acquis une véritable forme de validation par l’ensemble des acteurs de la société. Il influence donc nécessairement un pan entier des débats d’idées.
L’accélération des communications politiques cathodiques a-t-elle fait perdre le contrôle de leur image aux représentants ?
Je considère qu’il existe une dictature de l’instant qui est arrivée avec la télévision et elle a été exacerbée par le développement des réseaux sociaux. Il existe, en politique, ce que l’on appelle un temps démocratique. Il permet une véritable harmonie entre la durée et d’instant. L’une est primordiale puisqu’elle permet de mettre en place les projets politiques, l’autre l’est, car elle induit l’action. C’est cette action-là qui est à présent privilégiée. Ainsi, les politiques perdent le contrôle de leurs programmes, celui qui construit l’avenir est rejeté tandis que celui qui apporte une satisfaction immédiate est accepté, les conséquences sur le long terme importent peu finalement. Elles ne sont même pas évoquées.
D’un autre côté, il faut avouer que, comme le disait Stéphane Breton, « pour la télé, les images sont décoratives : elles ont la fonction de cache-pot, de faux col, de perruque. Elles font oublier qu’il n’y a rien à voir ». De cette façon, ces politiques qui semblaient perdre le contrôle ont le pouvoir d’endormir par l’image. Un pouvoir émerge dans ce contre-pouvoir…
Un courant de pensée politique aurait-il pu naître d’internet ?
Celle donnée a renforcé la nécessité d’avoir des individus autonomes, originaux. C’est leur épanouissement total et assumé qui est la preuve de leur intégration sociale. Cette donnée là est tout-à-fait nouvelle. La société, dans la forme qu’elle revêtait avant, se désagrège par ce processus et la représentation des idéaux se fait plus que jamais via les partis politiques. Leur rôle est la mise en place d’une cohésion entre les électeurs et ceux qu’ils ont élus. Or, si chacun est autonome, indépendant, il faut chercher à résumer une volonté collective. C’est peut-être donc par cette voie que de nouvelles idées naissent indirectement d’internet.








